Un régime en transition qui étouffe les libertés fondamentales
Deux ans après le coup d’État qui a renversé l’ordre constitutionnel au Burkina Faso, le pays s’enfonce dans une crise politique et sécuritaire sans précédent. Malgré les promesses de transition vers une gouvernance démocratique, les autorités actuelles ont instauré un climat de répression systématique. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) tire la sonnette d’alarme : l’espace civique et démocratique est en voie de disparition, étouffé par des mesures autoritaires visant à museler toute voix critique.
Les engagements initiaux des nouvelles autorités pour rétablir l’état de droit et protéger les libertés fondamentales semblent s’être évaporés. Aujourd’hui, le pays fait face à une escalade des violations des droits humains, alimentée par des discours de haine et des actes de violence ciblant les défenseur·es des droits, les journalistes et les opposant·es politiques.
Des attaques quotidiennes contre les défenseur·es des droits et les journalistes
Depuis le 30 septembre 2022, date du coup d’État, les autorités burkinabè ont mis en place un dispositif répressif implacable. Les journalistes, les militant·es des droits humains et les opposant·es politiques subissent quotidiennement des attaques, des arrestations arbitraires, des enlèvements et des disparitions forcées. Leurs familles sont également prises pour cible, victimes de menaces et de violences psychologiques.
Le Mouvement Burkinabè des Droits de l’Homme et des Peuples (MBDHP), partenaire de la FIDH, dénonce une stratégie délibérée pour faire taire toute contestation. Les réseaux sociaux, souvent utilisés pour diffuser des messages de haine et de violence, jouent un rôle central dans cette campagne de répression.
La FIDH exige des autorités burkinabè qu’elles mettent fin immédiatement à ces pratiques et libèrent toutes les personnes détenues illégalement. Elle rappelle que le Burkina Faso s’est engagé, sur la scène internationale, à respecter les droits humains et à garantir les libertés fondamentales.
Une déclaration forte de la FIDH
« Le musellement de la société civile et la répression des défenseur·es des droits humains, des journalistes et des opposant·es sont inadmissibles, surtout dans une période où le pays prétend vouloir refonder son État et améliorer sa gouvernance », a déclaré Me Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH. « Il est essentiel de préserver les droits à la liberté d’expression, d’opinion, d’association, de réunion et de presse. La société civile doit être protégée, et la parole libérée. »
Un conflit armé qui s’aggrave, une population civile en danger
Malgré la priorité affichée par le régime pour résoudre le conflit armé qui déchire le Burkina Faso, la violence s’intensifie. Les populations civiles, les forces de défense et les volontaires pour la défense de la Patrie (VDP) sont de plus en plus souvent prises pour cibles. Le 24 août 2024, une attaque revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) a coûté la vie à plusieurs dizaines de personnes, parmi lesquelles des civils. La FIDH et la coalition citoyenne pour le Sahel ont fermement condamné ces crimes.
L’enrôlement forcé : une nouvelle forme de répression
Depuis fin novembre 2023, les autorités burkinabè ont instauré une pratique aussi choquante qu’illégale : l’enrôlement forcé de défenseur·es des droits humains, de journalistes et d’opposant·es politiques dans les rangs de l’armée. Cette mesure, qui vise à les punir pour leurs critiques ou leurs dénonciations, a déjà touché une dizaine de personnes, dont des figures emblématiques comme Dr Daouda Diallo et Ablassé Ouédraogo.
Les magistrat·es ne sont pas épargné·es. En violation flagrante de la séparation des pouvoirs et de l’indépendance de la justice, cinq d’entre eux·elles ont été réquisitionné·es de force en août 2024. Parmi eux·elles, des procureur·es et le doyen des juges d’instruction du Tribunal de grande instance de Ziniaré. Ces mesures, prises en représailles à des décisions judiciaires défavorables à des proches du régime, illustrent une dérive autoritaire inquiétante.
« Envoyer des magistrat·es, garants de l’application de la loi, au front en représailles à des décisions de justice est une pratique inacceptable », a dénoncé Alice Mogwe, présidente de la FIDH. « Les autorités du Burkina Faso bafouent leur propre Constitution ainsi que les engagements internationaux qu’elles ont souscrits, notamment ceux protégeant les défenseur·es des droits humains. »
La liberté de la presse en voie de disparition
Le régime a progressivement verrouillé l’accès à l’information. Les médias locaux sont sous contrôle, tandis que les grands médias internationaux sont interdits. Les journalistes sont contraint·es de pratiquer un « traitement patriotique » de l’information, c’est-à-dire favorable au pouvoir. Ceux·elles qui osent critiquer le régime font face à des attaques, des menaces et des enlèvements. L’autocensure s’installe, réduisant la société civile au silence.
Parmi les victimes de cette répression, Atiana Serge Oulon, journaliste d’investigation et directeur de publication du bimensuel L’Événement, a été enlevé à son domicile par l’Agence nationale du renseignement (ANR) le 24 juin 2024. Depuis, sa famille n’a plus aucune nouvelle. Son journal avait été suspendu quelques jours auparavant. Kalifara Séré et Adama Bayala, chroniqueurs sur BF1, ont également été enlevés après la suspension de leur émission « 7 Infos ». La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) a exprimé sa vive préoccupation face à cette situation, qualifiant ces actes de menace grave contre la liberté d’expression.
Les familles des opposant·es en exil : une nouvelle cible
Depuis quelques semaines, les proches des ancien·nes dignitaires du régime sont harcelé·es, violenté·es et enlevé·es. Entre le 11 et le 16 septembre 2024, au moins deux membres de la famille de Djibril Bassolé, ancien ministre des Affaires étrangères sous Blaise Compaoré, ont été victimes de violences à Ouagadougou. Ces actes sont directement liés aux incitations à la violence proférées par des activistes proches du pouvoir.
« Nous appelons l’Union africaine et les Nations unies à coordonner leurs efforts pour exhorter les autorités du Burkina Faso à mettre fin à ce climat de terreur, à libérer les personnes enlevées et à respecter leur intégrité physique et morale », a déclaré le Professeur Mabassa Fall, représentant de la FIDH auprès de l’Union africaine.