Bénin : un coup d’État déjoué secoue la scène politique et relance le débat sur l’après-Talon

L’arrestation récente de trois personnalités influentes au Bénin, soupçonnées d’avoir fomenté un coup d’État, a propulsé au cœur de l’actualité la question cruciale de la succession du président Patrice Talon, dont le second mandat prendra fin en 2026.

Le procureur de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) du Bénin a confirmé l’interpellation dans la nuit de lundi à mardi de Djimon Dieudonné Tévoédjrè, commandant de la Garde républicaine, d’Oswald Homéky, ancien ministre, et d’Olivier Boko, homme d’affaires. Ces individus sont mis en cause pour leur implication présumée dans un complot visant à renverser le gouvernement de ce pays ouest-africain de 13 millions d’habitants. Selon des sources proches de l’AFP, le commandant Tévoédjrè aurait été libéré par la suite.

Les accusations du procureur de la CRIET portent sur l’ouverture d’un compte bancaire par MM. Boko et Homéky au sein de la banque NSIA Côte d’Ivoire, destiné au commandant de la Garde républicaine, dans le but de « mener un coup d’État par la force le 27 septembre 2024 ». Cependant, la banque NSIA Côte d’Ivoire a formellement démenti ces allégations, affirmant n’avoir « aucun compte ouvert au nom ou pour le compte du commandant de la Garde républicaine du Bénin ».

Vue générale de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), à Porto-Novo, le 10 décembre 2021.

Olivier Boko, 60 ans et dirigeant du groupe Denrées et fournitures alimentaires (DFA), entretient une amitié de longue date avec Patrice Talon. Souvent perçu comme le « bras droit » du chef de l’État, il n’a jamais occupé de poste officiel au sein de l’administration présidentielle. Néanmoins, ces derniers mois, ses ambitions politiques sont devenues manifestes, suggérant une potentielle candidature à la présidence en 2026, ce qui aurait créé des tensions avec Patrice Talon. L’ancien ministre des Sports, Oswald Homéky, était un fervent soutien de cette démarche. Pour rappel, Patrice Talon, en fonction depuis 2016, atteindra en 2026 la limite constitutionnelle de ses deux mandats.

Nouveaux défis pour la succession présidentielle au Bénin

« Nous entrons dans une nouvelle dynamique en vue des élections générales de 2026 », a souligné Tiburce Adagbè, analyste politique. Il estime que « si le processus judiciaire suit son cours habituel, l’un des principaux concurrents à la succession de Patrice Talon » pourrait se retrouver « en difficulté », faisant référence à Olivier Boko. Euloge Francis Atadé, expert en gouvernance, ajoute : « Nous évoluons dans un contexte régional volatile, où la géopolitique sous-régionale est une préoccupation majeure ». En effet, ces dernières années ont été marquées par plusieurs coups d’État en Afrique de l’Ouest, avec des militaires renversant des dirigeants élus au Burkina Faso, au Mali et au Niger.

Gilles Gohy, membre du bureau politique du parti Union progressiste le Renouveau et fervent partisan du président Talon, a exprimé sa confiance en la justice : « Je n’ai aucune inquiétude. Laissons la justice accomplir son œuvre. Restons sereins ». En revanche, Valentin Djenontin, un opposant en exil contacté par téléphone, a averti : « Si le procureur émettait un mandat de dépôt contre Olivier Boko, je ne serais pas surpris de voir des manifestations de soutien à Talon, qui resterait alors le seul maître à bord ».

Le parti d’opposition FCBE a fermement « condamné cette tentative de coup d’État et réaffirmé son rejet de toute prise de pouvoir autre que par les voies démocratiques ». De son côté, le Bloc Republicain, un parti de la mouvance présidentielle, a également réagi en déplorant « l’extrême gravité des faits évoqués » et a condamné « toute intention de déstabilisation et tout acte menaçant l’ordre démocratique ».

Dès l’annonce de l’arrestation de M. Boko, le groupe de soutien à sa candidature présidentielle pour 2026, Objectif Bénin 2026 (OB26), a dénoncé mardi « une grave atteinte aux droits fondamentaux », qualifiant l’action d’« acharnement politique manifeste » et de « méthodes répressives inacceptables ». Le président Talon fait régulièrement l’objet de critiques de la part de ses détracteurs, qui lui reprochent d’avoir orienté le pays vers un régime plus autoritaire, alors que le Bénin était autrefois salué pour sa démocratie dynamique.