Mali : exécutions et disparitions de civils peuls par l’armée et Wagner

Des crimes graves documentés depuis janvier 2025

Depuis le début de l’année 2025, les forces armées du Mali, alliées au groupe Wagner soutenu par la Russie, sont accusées d’avoir commis des exécutions sommaires et des disparitions forcées ciblant spécifiquement des hommes de l’ethnie peule. Ces actes, perpétrés dans le cadre d’opérations de contre-insurrection, ont fait au moins 12 morts et 81 disparitions selon les dernières estimations.

Une communauté peule systématiquement visée

Les soldats maliens et les mercenaires de Wagner accusent les Peuls de collaborer avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), une faction armée liée à Al-Qaïda active au Mali. Pourtant, ces accusations reposent souvent sur des généralisations dangereuses, exposant une communauté entière à des violences arbitraires.

« La junte militaire malienne porte la responsabilité ultime des exactions commises par son armée et ses alliés de Wagner », déclare une chercheuse spécialiste du Sahel. « Elle doit mettre fin à ces abus, localiser les disparus et traduire les coupables en justice. »

Des témoignages accablants et des preuves irréfutables

Entre février et mai 2025, des entretiens avec 29 témoins — dont des villageois, des chefs de communauté et des représentants internationaux — ont permis de documenter plusieurs cas d’exactions. Parmi les faits les plus graves :

  • Exécutions à Sebabougou (région de Kayes) : En avril 2025, au moins 65 éleveurs peuls auraient été exécutés après avoir été rassemblés dans un camp militaire. Leurs corps ont été retrouvés en périphérie de la base.
  • Violences à Belidanédji (région de Ségou) : Le 30 mars, six civils peuls ont été abattus alors qu’ils tentaient de fuir. Un témoin raconte : « Ils ont tiré dans la poitrine de mon ami sous mes yeux. »
  • Disparitions forcées à Kourma : Douze hommes peuls ont été arrêtés le 19 mars, puis emmenés vers une destination inconnue. Leurs proches n’ont plus eu de nouvelles.
  • Tortures et meurtres à Farana : Quatre hommes peuls ont été battus à mort près d’une rivière. Un témoin décrit : « Il y avait une mare de sang et des restes humains. »

L’impunité des auteurs et l’échec de la protection des civils

Malgré les preuves recueillies, les autorités maliennes n’ont apporté aucune réponse aux courriers envoyés par des organisations de défense des droits humains. L’Union africaine est appelée à renforcer ses pressions pour :

  • Protéger les civils des abus commis par toutes les parties au conflit.
  • Soutenir les enquêtes et les poursuites judiciaires équitables.
  • Faire pression sur Bamako pour que les responsables répondent de leurs actes.

Un contexte régional préoccupant

Le retrait annoncé de Wagner du Mali en juin 2025, remplacé par l’Africa Corps — un groupe paramilitaire russe — coïncide avec une recrudescence des attaques de groupes armés islamistes et séparatistes. Ces violences ont déjà causé la mort de dizaines de soldats maliens et de mercenaires russes.

Par ailleurs, le Mali s’est retiré de la CEDEAO en janvier 2025, privant les victimes d’un recours devant la cour régionale. Une mission de maintien de la paix de l’ONU a également quitté le pays en 2023, à la demande de la junte, aggravant les risques pour les populations civiles.

Les obligations légales du Mali et de ses alliés

Toutes les parties au conflit sont tenues de respecter le droit international humanitaire, notamment l’article 3 commun aux Conventions de Genève. Celui-ci interdit les meurtres, les traitements cruels et les disparitions forcées. Les responsables de ces crimes pourraient être poursuivis pour crimes de guerre.

Le Mali est également signataire du Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI), qui enquête depuis 2012 sur les crimes présumés commis dans le pays. « Les hauts responsables maliens et russes doivent savoir qu’ils pourraient être tenus pour responsables des actes de leurs soldats et mercenaires », avertit une experte.

Des histoires individuelles qui illustrent l’horreur

Derrière les chiffres se cachent des drames humains. À Kobou, un village de la région de Tombouctou, des soldats maliens ont tué trois hommes peuls, incendié 30 maisons et laissé des familles entières dans la peur. Un survivant raconte : « Nous savons que si un soldat nous voit, nous sommes morts. Personne ne nous épargne. »

À Sikere, quatre hommes peuls ont été exécutés sommairement après avoir été accusés de soutenir le GSIM. Un témoin déclare : « Ils nous ont menacés de revenir pour nous exterminer si les djihadistes attaquaient un village voisin. »

Que faire face à cette crise ?

Pour mettre fin à ces exactions, plusieurs actions sont urgentes :

  • Une enquête indépendante doit être menée sur les abus commis par l’armée malienne et le groupe Wagner.
  • Les disparus doivent être localisés et leurs familles informées de leur sort.
  • Les responsables doivent être jugés conformément au droit international.
  • La communauté internationale, notamment l’Union africaine et la CPI, doit faire pression sur Bamako pour agir.

« Le temps des promesses est révolu. Il est temps d’agir pour protéger les civils et rendre justice aux victimes. »

Contexte : le conflit au Mali et l’implication de la Russie

Depuis 2012, le Mali est en proie à un conflit opposant les forces gouvernementales aux groupes armés islamistes, dont le GSIM et l’État islamique. Ces violences ont déjà fait des milliers de morts et déplacé plus de 350 000 personnes.

En 2021, une junte militaire a pris le pouvoir à Bamako. Depuis, elle collabore avec le groupe Wagner, officiellement pour lutter contre les insurgés. Pourtant, les autorités maliennes n’ont jamais reconnu publiquement la présence de mercenaires russes. En 2023, le ministre russe des Affaires étrangères a confirmé que Wagner « fournissait des services de sécurité » au Mali.

Des abus documentés depuis des années

Dès 2021, des organisations de défense des droits humains ont alerté sur les exactions commises par l’armée malienne et ses alliés étrangers. Malgré les dénis officiels, des preuves accablantes — photos, vidéos, témoignages — confirment la réalité de ces crimes.