Depuis l’avènement du nouveau régime, les citoyens sénégalais espéraient une embellie économique après des années de tensions politiques. Pourtant, près de trois décennies plus tard, l’espoir laisse place à la frustration. Le pays semble s’être enlisé dans un cycle de débats stériles où les querelles partisanes étouffent les priorités nationales.
Des projets ambitieux, mais des résultats en demi-teinte
L’Agenda Sénégal 2050, lancé en 2024, et le Plan de redressement économique et social (PRES), dévoilé en août 2025, avaient suscité un regain d’optimisme. Ces initiatives visaient à faire de l’économie sénégalaise un moteur de développement durable. Malheureusement, les avancées concrètes se font attendre. La dualité au sommet de l’État, entre le président et son Premier ministre, a longtemps freiné la mise en œuvre des réformes. Même après le remaniement à la Primature, les blocages persistent.
Les citoyens s’interrogent désormais sur l’efficacité des orientations économiques. Certains craignent même un ralentissement dans la mise en œuvre de l’Agenda Sénégal 2050. Pourtant, le temps presse : pendant que le Sénégal s’enlise, ses voisins de l’UEMOA accélèrent leurs réformes et renforcent leurs performances.
Un classement économique préoccupant
Les dernières données de la BCEAO, publiées en juin 2026, confirment le déclin relatif du Sénégal. Au premier trimestre 2026, le pays affiche une croissance de 4,7 %, bien en deçà de la moyenne régionale. Il se classe parmi les économies les moins dynamiques de l’Union, derrière des pays comme le Niger, le Mali, le Bénin ou encore la Côte d’Ivoire. Pire encore, la chute de 3,1 points par rapport à 2025 marque le recul le plus important de l’UEMOA.
Cette contre-performance s’explique en partie par la chute vertigineuse des investissements directs étrangers (IDE). Ils sont passés de 3,319 milliards de dollars en 2024 à seulement 37 millions en 2025. Une telle baisse reflète le manque d’attractivité du Sénégal sur la scène internationale, en raison d’un climat politique instable et d’une perception accrue des risques.
Trois leviers pour inverser la tendance
Pour redonner au Sénégal son statut de locomotive économique, trois axes stratégiques doivent être privilégiés.
Rétablir la confiance des investisseurs
Un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) pourrait jouer un rôle clé. Outre les ressources financières qu’il mobiliserait, il enverrait un signal fort aux marchés et aux agences de notation. Parallèlement, une stratégie de nation branding s’impose pour promouvoir les atouts du pays et attirer les investisseurs internationaux. Le Sénégal doit mettre en lumière ses opportunités dans des secteurs comme l’énergie, les infrastructures ou encore le numérique.
Faire du secteur privé le moteur de la croissance
Le développement économique passe nécessairement par un secteur privé dynamique. Pour y parvenir, il est urgent de faciliter l’accès au financement, de simplifier les procédures administratives et d’améliorer l’environnement des affaires. Les partenariats public-privé doivent être renforcés, en ciblant en priorité les secteurs porteurs : énergie, agriculture, transports ou encore logistique.
Rationaliser les dépenses publiques
Dans un contexte de marges de manœuvre réduites, une gestion rigoureuse des finances publiques est indispensable. La promesse de réduire le train de vie de l’État, intégrée au PRES, tarde à se concrétiser. La fusion des structures d’accompagnement, souvent évoquée, doit être accélérée pour éviter tout gaspillage de ressources.
L’urgence d’une trêve politique
Le temps n’est plus aux divisions stériles. Les trois années qui nous séparent de l’élection présidentielle de 2029 doivent être mises à profit pour poser les bases d’une économie résiliente et souveraine. Le Sénégal ne peut plus se permettre de sacrifier sa croissance sur l’autel des rivalités politiques. Une trêve s’impose pour replacer l’économie au cœur des priorités nationales.
La souveraineté économique ne se décrète pas : elle se construit, jour après jour, par des actions concrètes et une vision claire. Le Sénégal dispose de tous les atouts pour réussir ce pari. À condition de tourner enfin la page des divisions et de se concentrer sur l’essentiel : la prospérité de ses citoyens.