Togo : la fin des résultats d’examens par sms met fin à une escroquerie d’état

Un système lucratif au détriment des familles togolaises

Depuis de nombreuses années, le système éducatif du Togo fonctionnait comme une machine à cash, exploitant l’angoisse légitime des familles pour enrichir des acteurs privés. La décision récente du ministre de l’Éducation nationale, Mama Omorou, de mettre un terme à la diffusion des résultats d’examens par SMS révèle l’ampleur d’un scandale financier sans précédent.

Un mécanisme pernicieux et coûteux

Lors d’une inspection surprise dans les centres de correction du BAC I, aux lycées de Tokoin et Agoè-Centre, le ministre a dévoilé un système aussi cynique que lucratif. Chaque année, à l’approche des examens nationaux (CEPD, BEPC, BAC I, BAC II), des milliers de familles, sous la pression de l’attente, envoyaient des dizaines de milliers de SMS surtaxés. Facturés entre 100 et 250 francs CFA l’unité, ces messages en double ou en triple exemplaire généraient une recette colossale, sans aucun bénéfice pour l’école publique.

Des milliards de francs CFA détournés en toute impunité

Bien que le ministre n’ait pas encore rendu publics les audits financiers, les estimations sont accablantes. Chaque session d’examens mobilisait des centaines de milliers de candidats, chacun pouvant générer plusieurs requêtes redondantes. Sur une période de quinze à vingt ans, ce sont plusieurs milliards de francs CFA qui ont été prélevés sur le budget des familles togolaises.

Ces fonds n’ont jamais alimenté les caisses de l’éducation nationale. Ils ont principalement profité à des opérateurs de téléphonie mobile et à des intermédiaires, bénéficiaires de concessions étatiques jamais remises en cause. Un transfert de richesse inacceptable, orchestré avec la complicité passive des autorités en place.

Vers une école plus transparente et numérique

La suppression des résultats par SMS est une avancée nécessaire, mais elle impose une refonte complète du système. Il ne s’agit pas de revenir aux files d’attente interminables devant les centres d’affichage, sources de stress et d’inégalités. Le Togo, qui mise sur la digitalisation, doit impérativement mettre en place des plateformes étatiques, gratuites et sécurisées pour consulter les résultats.

Les principes fondamentaux à respecter

  • Souveraineté numérique : héberger les résultats sur des serveurs publics (.tg), sous contrôle de l’État.
  • Transparence totale : un accès gratuit, financé par le budget de l’éducation, pour garantir l’équité entre tous les candidats.
  • Modernisation : utiliser des portails web et des solutions mobiles adaptées, simples et peu coûteuses.

Un tournant éthique pour l’école togolaise

Au-delà de la dimension financière, cette réforme marque un changement profond. En rappelant aux correcteurs l’importance de la rigueur et de la méritocratie, le ministre pose les bases d’un système éducatif fondé sur la justice sociale. La véritable épreuve reste désormais de traduire cette volonté en actes concrets : auditer les contrats passés avec les opérateurs de téléphonie et restituer à la jeunesse togolaise les milliards détournés au fil des années.