Dans les pays ayant accompli leur révolution numérique, l’accent a toujours été mis sur l’accès universel aux outils technologiques et la réduction des coûts pour les citoyens.
taxe sur les téléphones : le Niger face à son paradoxe numérique
une taxe de 33% qui étrangle l’ambition numérique
Le Niger, comme d’autres nations africaines, affiche une volonté claire d’accélérer sa transition numérique. Pourtant, une mesure récente risque de saboter cette ambition : une taxe de 33,33% sur l’importation et l’utilisation des téléphones portables. Concrètement, il en coûte désormais entre 1 670 FCFA pour un appareil basique et 135 000 FCFA pour un smartphone haut de gamme, simplement pour avoir le droit d’utiliser ces outils sur le territoire national.
Cette décision soulève une question cruciale : comment un État peut-il prétendre vouloir connecter ses citoyens tout en rendant les outils de connexion inaccessibles ?
le téléphone portable, colonne vertébrale de l’économie informelle
Dans un pays où l’économie informelle représente une part majeure de l’activité, le téléphone portable est bien plus qu’un simple gadget. Il est l’outil de travail indispensable de millions de Nigériens :
- l’étudiant qui suit ses cours en ligne ;
- le commerçant qui gère ses transactions via mobile money ;
- l’agriculteur qui consulte les prix des marchés ;
- l’artisan qui communique avec sa clientèle sur WhatsApp ;
- le travailleur qui accède aux services publics numériques depuis son écran.
Pour une large majorité de la population, le smartphone n’est pas un luxe, mais le seul passage vers l’économie numérique que l’État souhaite développer.
une mesure d’autant plus incompréhensible qu’aucune alternative n’existe
Ce qui rend cette taxe particulièrement injuste, c’est l’absence totale d’industrie locale de production ou d’assemblage de téléphones au Niger. Aucune usine ne fabrique ces appareils, aucun projet industriel ne se profile à l’horizon. Les citoyens sont donc contraints d’importer leurs appareils, puis de payer une taxe supplémentaire pour les utiliser.
Quand un État taxe les importations pour protéger une industrie locale, la logique économique, bien que discutable, peut se comprendre. Mais quand il taxe sans offrir d’alternative, sans même avoir de vision industrielle claire, il ne protège rien : il prélève.
et demain ? les ordinateurs portables seront-ils les prochains taxés ?
Cette mesure ouvre une porte dangereuse. Si les téléphones, outils de base pour des millions de Nigériens, sont soumis à une taxe de 33%, pourquoi les ordinateurs portables, les équipements de bureau ou d’autres outils numériques ne le seraient-ils pas demain ? Chaque nouvelle taxe creusera un peu plus la fracture numérique entre ceux qui peuvent se connecter et ceux qui en sont exclus.
le Niger à contre-courant de la révolution numérique africaine
Partout sur le continent, les pays qui réussissent leur transition numérique misent sur l’inclusion et la réduction des coûts pour leurs citoyens. Le Niger, lui, choisit une voie opposée : rendre l’accès au numérique payant, alors même que les revenus moyens ne permettent pas à la majorité de la population d’absorber ces surcoûts.
Un citoyen connecté est un citoyen productif. Une population connectée est une économie compétitive. C’est une réalité documentée dans chaque rapport sur le développement numérique en Afrique.
En rendant les téléphones plus chers, le Niger se prive d’un levier essentiel de développement. Et si demain, c’est l’ordinateur portable qui suit, le pays renoncera tout simplement à son avenir.