panafricanisme moderne : qui sont les vrais héritiers du mouvement ?
Kémi Séba lors de son audience devant la justice sud-africaine.
L’arrestation de Kémi Séba en Afrique du Sud, alors qu’il tentait de rejoindre le Zimbabwe, soulève une question cruciale : cet activiste, figure médiatique du panafricanisme, incarne-t-il vraiment les valeurs de ce mouvement historique ? À l’heure où la justice sud-africaine s’apprête à rendre son verdict, une réflexion s’impose sur les dérives et les paradoxes de ce courant politique africain.
L’activiste Kémi Séba, connu pour ses positions radicales anti-françaises et son engagement panafricaniste engagé sur les réseaux sociaux, a été interpellé en Afrique du Sud en compagnie de son fils et d’un militant suprémaciste blanc, François Van der Merwe. Cet événement met en lumière les contradictions de certains mouvements panafricanistes contemporains, dont les figures les plus visibles prônent la rupture avec l’Occident tout en se rapprochant de régimes autoritaires ou de puissances étrangères comme la Russie.
Ancien détenteur de la nationalité française et de passeports béninois et nigérien, Kémi Séba est poursuivi au Bénin pour apologie de crime contre l’État et incitation à la rébellion. Son arrestation lors d’une tentative d’entrée frauduleuse au Zimbabwe révèle les stratégies ambiguës de certains militants, oscillant entre provocations médiatiques et alliances controversées.
Des panafricanistes ou des propagandistes russes ?
Avec Franklin Nyamsi et Nathalie Yamb, Kémi Séba forme le trio le plus vocal du panafricanisme francophone. Pourtant, leurs discours anti-français s’accompagnent d’un soutien sans faille aux dirigeants de l’Alliance des États du Sahel (AES), souvent perçus comme des putschistes éloignés des valeurs démocratiques. Leur rhétorique soulève un paradoxe : combattre l’héritage colonial français pour se soumettre à l’influence russe, tout en validant les pratiques autoritaires de régimes comme ceux du Mali, du Burkina Faso ou du Niger.
Ces activistes se présentent comme les héritiers des pionniers du panafricanisme, tels que Kwame Nkrumah, Sékou Touré ou Patrice Lumumba, dont les combats ont permis les indépendances africaines. Pourtant, leur approche actuelle, marquée par des alliances stratégiques discutables et des discours clivants, interroge sur la légitimité de leur héritage.
De l’anticolonialisme aux alliances opportunistes
Le panafricanisme, né au début du XXe siècle, a été un moteur essentiel des luttes pour la décolonisation. Des mouvements étudiants comme la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF) ont joué un rôle clé dans l’émancipation des peuples africains. Cependant, après les indépendances, les velléités d’unification du continent ont cédé la place à des nationalismes fragmentés, voire à des conflits frontaliers.
Les tentatives de relance de l’intégration africaine, comme la création de l’Union africaine en 2002, n’ont pas abouti à une réelle unification. Aujourd’hui, certains dirigeants africains se revendiquent panafricanistes tout en menant des politiques restrictives envers leurs voisins, comme en témoignent les tensions entre les pays du Sahel et les membres de la CEDEAO.
Des figures comme Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, avec son Parti des peuples africains, ou le PASTEF au Sénégal, affichent leur engagement panafricaniste. Pourtant, leur action concrète reste limitée, voire contradictoire avec les principes d’unité et de solidarité prônés par le mouvement.
Un panafricanisme en quête de légitimité
Face à la montée des discours radicalisés et des alliances opportunistes, où se situe le véritable panafricanisme ? Kémi Séba, déchu de sa nationalité française, et ses comparses se présentent comme des victimes de la répression occidentale. Pourtant, leurs liens avec des régimes autoritaires et leur soutien à des politiques répressives remettent en cause leur engagement pour les valeurs de liberté et de justice.
Des révélations, comme l’accusation portée par Séba contre ses pairs d’être à la solde de Faure Gnassingbé, illustrent les dérives d’un mouvement instrumentalisé à des fins politiques ou personnelles. Ce panafricanisme-là, teinté d’opportunisme et de démagogie, perd toute crédibilité et s’éloigne des idéaux fondateurs du mouvement.
Dans un monde marqué par les rivalités géopolitiques et les crises internes, l’Afrique doit impérativement se recentrer sur des valeurs d’unité et de développement durable. Le panafricanisme ne peut se résumer à des postures médiatiques ou à des alliances géostratégiques discutables. Il doit incarner une vision d’avenir, fondée sur la solidarité et l’autonomie des peuples africains.
Face aux défis contemporains, une question s’impose : l’Afrique a-t-elle encore les moyens de s’unir pour survivre, ou le panafricanisme ne sera-t-il bientôt qu’un souvenir lointain, éclipsé par les intérêts des puissances étrangères et les égoïsmes nationaux ?