Une figure controversée du panafricanisme en Afrique francophone
En Afrique, Kémi Séba incarne une figure polarisante du militantisme panafricaniste. Ce Béninois de 42 ans, connu pour ses prises de position virulentes contre l’Occident, vient de perdre la nationalité française. Un décret publié au Journal officiel français le 9 juillet 2024 officialise cette exclusion. Son parcours, marqué par des condamnations pour incitation à la haine raciale, le place au centre de polémiques persistantes.
Avec plus d’un million d’abonnés sur Facebook et des centaines de milliers de vues sur YouTube, il séduit un large public en Afrique francophone. Ses meetings attirent des milliers de personnes, et ses déclarations, comme ce tweet récent : « Plus de nationalité française, gloire à Dieu. Libéré je suis de ce fardeau », résonnent fortement auprès de ses partisans.
Un militant condamné et dissous
Ancien leader du groupe Tribu Ka – une organisation suprématiste noire et antisémite dissoute en 2006 par la justice française pour ses discours haineux –, Kémi Séba se présente aujourd’hui comme un « révolutionnaire africain du XXIe siècle ». Son activisme, bien que controversé, lui confère une influence grandissante sur le continent.
L’ombre du Kremlin : des liens troubles avec la Russie
Son nom est désormais associé à une guerre d’influence que Moscou mène en Afrique. Selon les révélations de Jeune Afrique en 2023, Evgueni Prigojine, fondateur du groupe Wagner (décédé en août 2023), aurait directement financé des actions de Kémi Séba. Cette stratégie s’inscrit dans une volonté du Kremlin de renforcer son emprise sur le continent, en exploitant des réseaux d’influence prorusses.
Un réseau d’influence à l’échelle internationale
À travers son ONG Urgence Panafricaines, Kémi Séba multiplie les conférences à l’international : Brésil, Iran, Russie, Venezuela… Ses interventions, souvent suivies par un public nombreux, lui permettent de promouvoir une vision anti-occidentale. Il a même participé au Sommet Russie-Afrique organisé par Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg.
En France, son nom est cité dans un rapport parlementaire de 2023, où le président de la commission Défense de l’Assemblée nationale le désigne comme un « relais de la propagande russe » et un acteur au service d’une « puissance étrangère alimentant le sentiment anti-français ».
Une rhétorique anti-française et anti-Françafrique
Kémi Séba concentre ses attaques sur la Françafrique et le franc CFA, qu’il qualifie de « monnaie coloniale ». Malgré ses dénégations, il apporte un soutien systématique aux États africains se tournant vers Moscou après avoir rompu avec Paris. Ses réactions aux coups d’État au Niger, au Mali et au Burkina Faso illustrent cette ligne : « D’autres pays vont rejoindre cette dynamique, on y travaille fortement », déclarait-il récemment.
Son influence, combinée à ses liens présumés avec la Russie, en fait une figure centrale des débats sur l’avenir des relations entre l’Afrique et l’Occident.