Au Sénégal, l’échiquier politique vient d’être bouleversé par le limogeage du Premier ministre Ousmane Sonko, une décision prise par le président Bassirou Diomaye Faye. Cette rupture, longtemps pressentie, s’inscrit dans un contexte de tensions institutionnelles croissantes et d’affrontements répétés entre les deux figures majeures du pouvoir exécutif dans le pays de la Teranga.
Dans la foulée, le président de l’Assemblée nationale, Malick Ndiaye, a choisi de démissionner de son fauteuil parlementaire, sans pour autant quitter l’institution. Un geste qui semble orchestré pour permettre à l’ex-Premier ministre de retrouver son siège de député et de réintégrer la vie législative.
Un Parlement sous tension
La situation va être tranchée ce mardi 26 mai lors d’une séance plénière exceptionnelle du Parlement. L’objectif ? Élire un nouveau président de l’Assemblée nationale. Tous les indices laissent penser que Ousmane Sonko, fraîchement débarqué de la Primature, sera élu à ce poste stratégique. Une victoire qui lui offrirait une nouvelle plateforme pour poursuivre son bras de fer avec Bassirou Diomaye Faye.
La question centrale reste : jusqu’où iront les hostilités entre ces deux anciens alliés politiques ? Le scénario est d’autant plus plausible que le Parlement est largement dominé par le Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité), le parti au pouvoir dont Sonko reste le visage emblématique avec plus de 130 députés sur 165.
Un poste clé pour Sonko
L’élection de Ousmane Sonko à la présidence du Parlement lui conférerait un rôle central dans les décisions nationales. Une position qui pourrait lui permettre de bloquer des réformes gouvernementales, grâce au contrôle législatif. Mais cette rivalité expose le Pastef à un risque de division interne, voire de perte de cohésion.
Depuis leur prise de pouvoir, les relations entre Faye et Sonko se dégradent. Ce dernier, qui a propulsé Diomaye Faye à la présidence après avoir été lui-même écarté par une condamnation judiciaire en 2023, semble déterminé à s’affranchir de l’influence de son ancien mentor. Une ambition qui pourrait se concrétiser dès les prochaines élections présidentielles de 2029.
Un jeu politique sous haute tension
Le nouveau Code électoral, adopté le 12 mai, a relancé les spéculations sur l’éligibilité de Sonko. Bien que ce texte vise à clarifier les conditions d’inéligibilité, son interprétation reste floue. Le Conseil constitutionnel devra trancher avant 2029, laissant planer une incertitude sur ses ambitions.
Si la rivalité entre les deux dirigeants devait s’aggraver, le Sénégal risquerait de sombrer dans une impasse politique, avec un je te tiens, tu me tiens permanent. Une situation qui pourrait fragiliser le Pastef face à une opposition en embuscade ou à un vote sanction des électeurs.
Pour l’heure, la priorité reste la stabilité nationale. Les Sénégalais espèrent que la raison l’emportera, évitant ainsi que le pays ne devienne otage des ambitions personnelles de ses dirigeants.