Le capitaine Ibrahim Traoré : un rejet assumé de la démocratie au Burkina Faso
Le capitaine Ibrahim Traoré, à la tête de la junte au pouvoir au Burkina Faso depuis septembre 2022, a récemment tenu des propos choc lors d’un entretien télévisé diffusé sur la radiotélévision nationale. Selon lui, la démocratie n’est pas adaptée à son pays et les Burkinabè doivent l’oublier pour se concentrer sur d’autres priorités.
La junte burkinabè et son approche politique radicale
Arrivé au pouvoir grâce à un coup d’État, Ibrahim Traoré a prolongé la période de transition politique en adoptant une charte autorisant son maintien à la tête de l’État jusqu’en 2029. Cette charte lui donne également la possibilité de se présenter aux élections présidentielle, législatives et municipales prévues à cette date.
Les mesures prises par le régime militaire sont sans appel : dissolution de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) en octobre 2025 et suspension des activités des partis politiques en février 2024. Ces décisions s’inscrivent dans une logique de centralisation du pouvoir et de marginalisation des institutions démocratiques traditionnelles.
Un rejet clair et assumé de la démocratie
Lors de son entretien, le capitaine Traoré a été catégorique : « on ne parle même pas d’élections pour l’instant (…) il faut que les gens oublient la question de la démocratie, la démocratie n’est pas pour nous ». Cette déclaration, prononcée le 2 avril, confirme une position déjà exprimée par le chef de la junte en 2023 : « nous ne sommes pas dans une démocratie ».
Cette vision tranchée de la gouvernance s’accompagne d’une restriction croissante de la liberté de la presse. Depuis son arrivée au pouvoir, plusieurs médias internationaux ont été interdits ou suspendus, et certains journalistes étrangers ont été expulsés du pays.
La sécurité nationale au cœur des priorités annoncées
Le Burkina Faso fait face à une insécurité chronique depuis près de dix ans, avec des violences jihadistes qui ont déjà causé des milliers de morts. Le régime militaire justifie ses actions par la nécessité de stabiliser le pays, bien que des ONG accusent l’armée et ses alliés, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), de commettre des exactions contre des civils.
Ibrahim Traoré a rejeté ces accusations, affirmant « qu’il n’y a pas de preuves » étayant ces allégations. Il a également précisé que la Russie, alliée du Burkina Faso, fournit du matériel militaire, mais que « personne ne forme l’armée burkinabè » et que les combats sont menés par les soldats locaux.
L’ombre du prédécesseur : le sort de l’ex-chef d’État Damiba
Le capitaine Traoré a évoqué le cas de son prédécesseur, l’ex-lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba, au pouvoir entre janvier et septembre 2022. Damiba, actuellement en détention, est poursuivi pour corruption et soupçonné d’être impliqué dans des tentatives de coup d’État. Il a été extradé par le Togo à la demande des autorités burkinabè.
Selon Traoré, Damiba « est entre les mains de la justice », et un juge a déjà statué sur son cas. Ces déclarations interviennent dans un contexte où la stabilité politique du pays reste fragile, malgré les promesses de sécurité avancées par la junte.
En résumé : un tournant autoritaire au Burkina Faso
- Rejet de la démocratie : le capitaine Traoré exclut toute élection à court terme et prône l’abandon des institutions démocratiques.
- Prolongation du pouvoir : une charte permet à la junte de rester en place jusqu’en 2029 avec la possibilité de se présenter aux scrutins futurs.
- Restrictions politiques : dissolution de la Céni et suspension des partis politiques, dans une logique de contrôle accru.
- Insécurité persistante : malgré les promesses de sécurité, les violences jihadistes et les accusations d’exactions contre l’armée et les VDP se poursuivent.