Au début du mois de juillet 2025, les autorités du Burkina Faso ont procédé à la libération de cinq journalistes et d’un défenseur des droits humains. Ces derniers avaient été enrôlés de force au sein de l’armée après avoir exprimé des critiques envers la junte militaire. Si cette nouvelle constitue un pas en avant, elle met également en lumière le sort préoccupant d’autres citoyens disparus depuis 2024, dont la localisation reste inconnue.
Une vague d’arrestations et d’enrôlements arbitraires
Le 24 mars 2024, la capitale Ouagadougou a été le théâtre de l’arrestation de Guezouma Sanogo, Boukari Ouoba et Phil Roland Zongo, tous membres de l’Association des journalistes du Burkina (AJB), ainsi que de Luc Pagbelguem, journaliste pour la chaîne BF1. Ces interpellations faisaient suite à leurs dénonciations des restrictions imposées à la liberté de la presse. Rapidement, des preuves visuelles ont confirmé leur conscription forcée, un fait qui n’a été officiellement validé pour certains qu’au moment de leur libération en 2025.
Le cas de Kalifara Séré, intervenant sur BF1 TV, est également emblématique. Après une convocation par le Conseil supérieur de la communication (CSC) en juin 2024, il a disparu avant que les autorités ne reconnaissent son intégration dans les rangs militaires en octobre. À ce jour, ses confrères Serge Oulon et Adama Bayala demeurent introuvables.
L’usage détourné de la loi d’urgence
Le secteur de la société civile a aussi été touché, comme en témoigne l’enlèvement de Lamine Ouattara, membre du Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP), en novembre 2023. Human Rights Watch a souligné que la junte utilise une législation d’exception pour transformer le service militaire en un outil de répression contre les voix dissidentes, incluant des journalistes, des activistes et des magistrats.
Bien que l’État dispose du droit de mobiliser des civils pour la défense nationale, cette procédure doit impérativement respecter des garanties légales, telles que l’information sur la durée du service et la possibilité de recours. Les organisations de défense des droits humains exhortent le gouvernement du Burkina Faso à libérer les personnes encore détenues illégalement et à cesser d’instrumentaliser la conscription pour museler la critique.