Violences dans l’est de la RDC : le lourd tribut des civils face aux milices CMC-FDP

Terreur et impunité dans le territoire de Rutshuru

Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), les populations civiles du territoire de Rutshuru traversent une période d’une violence inouïe. Le Collectif des mouvements pour le changement-Forces de défense du peuple (CMC-FDP), un groupe armé agissant sous la bannière des Wazalendo, multiplie les exactions. Meurtres, tortures, pillages et esclavage sexuel rythment le quotidien des habitants de Bukombo, pris en étau entre les rebelles du M23 et ces milices supplétives de l’armée nationale.

Bien que les autorités de Kinshasa utilisent ces combattants comme renforts contre le M23, les dérives sur le terrain sont systématiques. Dans les zones reculées, le CMC-FDP opère sans aucune contrainte, s’en prenant violemment à ceux qu’il soupçonne de collaborer avec l’ennemi. Ces atteintes graves aux droits humains pourraient être qualifiées de crimes de guerre selon les normes internationales.

L’horreur de l’esclavage sexuel

Les témoignages recueillis sur place font état d’un système de prédation sexuelle organisé. Plusieurs femmes ont été enlevées et séquestrées dans des camps militaires pour devenir les « épouses » forcées des commandants. Une jeune femme raconte avoir été détenue pendant trois mois après que son mari a rejoint le M23. Sous la menace constante d’une exécution, elle a subi des viols répétés. Une autre victime, âgée de 22 ans, décrit des conditions de détention inhumaines dans la base de Mudugudu, où des cellules souterraines servent à enfermer des civils pour obtenir des rançons.

Ces actes laissent des séquelles physiques et psychologiques profondes. De nombreuses survivantes souffrent d’infections sexuellement transmissibles sans avoir accès aux soins médicaux ou psychologiques nécessaires dans ces zones de conflit.

Exécutions sommaires et vengeances aveugles

La milice pratique une politique de terreur contre les familles des membres du M23. En novembre 2025, à Kyahemba, un homme a été abattu de trois balles dans la poitrine devant ses jeunes enfants, sous prétexte que son fils de 15 ans avait rejoint la rébellion. À Mashango, des combattants ont massacré des civils à la machette, laissant les corps se décomposer dans la forêt. Parmi les victimes figurait une femme enceinte qui a dû accoucher seule en pleine brousse après l’assassinat de son époux.

Outre ces exécutions, le groupe impose une taxe arbitraire nommée lala salama (« dormir paisiblement »). Ceux qui ne peuvent payer cette extorsion s’exposent à des passages à tabac, à des menaces de mort ou à l’incendie volontaire de leurs habitations.

Une complicité étatique dénoncée

L’aspect le plus préoccupant demeure le soutien logistique et financier apporté par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Depuis l’adoption d’une loi en 2023 intégrant les groupes armés locaux dans la réserve de défense, l’État congolais verserait environ 4 millions de dollars par mois aux Wazalendo.

Le CMC-FDP aurait notamment reçu plus de 100 000 munitions et des dizaines de roquettes de la part de l’armée régulière entre fin 2023 et début 2024. Malgré les sanctions internationales visant son chef, Dominique « Domi » Kamanzi Ndaruhutse, pour violations graves des droits humains, la collaboration entre les forces régulières et cette milice se poursuit, alimentant un cycle de violence dont les civils sont les premières victimes. Il est impératif que les autorités cessent tout appui à ces groupes responsables d’atrocités.