Tchad : les opposants dénoncent un durcissement politique inquiétant

Tchad : les opposants dénoncent un durcissement politique inquiétant

Au Tchad, la condamnation à huit ans de prison infligée à huit responsables de la coalition d’opposition GCAP a déclenché une vague d’indignation parmi les acteurs politiques nationaux et internationaux.

Plusieurs figures de l’opposition, dont des membres du Parti socialiste sans frontière (PSF), dénoncent une instrumentalisation de la justice par le régime en place. Elles y voient non seulement une atteinte aux libertés fondamentales, mais aussi une preuve du recul démocratique que connaît le pays ces dernières années.

Si certains observateurs soulignent que ce verdict s’inscrit dans une logique prévisible, d’autres s’interrogent sur les raisons d’un tel durcissement. Pour Alifa Younous Mahamat, coordinateur en Europe du PSF, cette décision judiciaire marque un tournant dans la répression des voix critiques au Tchad.

Une justice accusée de partialité

Pour le responsable politique, les conditions du procès n’ont respecté aucune des garanties d’un procès équitable. Il rappelle que cette condamnation s’ajoute à une série d’événements préoccupants :

  • la condamnation de Succès Masra, une figure majeure de l’opposition tchadienne ;
  • la déchéance de nationalité de plusieurs militants en exil ;
  • la mort de Yaya Dillo, leader du PSF, lors d’une intervention militaire en 2024 ;
  • l’emprisonnement secret du secrétaire général du parti, Robert Gam, avant son exil forcé.

Selon Alifa Younous Mahamat, la justice tchadienne serait désormais un outil de répression politique, utilisé pour museler toute velléité de changement démocratique.

L’opposition parlementaire sous tension

Albert Pahimi Padacké, président du Rassemblement national des démocrates tchadiens (RNDT) et ancien chef du gouvernement, partage ce diagnostic. Il dénonce une stratégie délibérée du pouvoir pour éliminer toute opposition politique.

Depuis l’avènement de la cinquième République, le Mouvement patriotique du salut (MPS), parti au pouvoir, aurait mis en place une campagne systématique contre les adversaires politiques. Le député craint que cette politique ne fragilise davantage le régime, tout en instaurant un climat de terreur parmi les opposants.

Les dernières condamnations confirment, selon lui, une tendance inquiétante : l’espace démocratique tchadien se réduit comme une peau de chagrin. Entre arrestations arbitraires, procédures judiciaires abusives et restrictions des activités politiques, les défenseurs des libertés publiques observent avec consternation l’érosion des droits fondamentaux dans le pays.