Alors que le monde célèbre les avancées des droits LGBTQIA+, le Sénégal adopte une législation toujours plus répressive. La nouvelle loi, promulguée sous la présidence de Bassirou Diomaye Faye, marque un tournant dans l’histoire des libertés individuelles du pays. Avec des peines de prison doublées et des amendes multipliées par dix, cette mesure s’inscrit dans une logique de contrôle social et de marginalisation systématique.
Adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale Sénégalaise en mars 2026, cette loi porte la peine maximale pour « actes contre nature » de cinq à dix ans d’emprisonnement. Les amendes, désormais pouvant atteindre dix millions de francs CFA (plus de 15 000 euros), ajoutent une dimension économique à cette répression. Une telle rigidité juridique reflète une volonté politique de détourner l’attention des crises économiques et sociales qui secouent le pays.
Un climat de terreur et d’impunité
Les conséquences de cette loi se font déjà sentir. Depuis son adoption, plus d’une centaine de personnes ont été arrêtées sous prétexte d’homosexualité. Les arrestations arbitraires, souvent menées dans l’opacité, exposent les individus à des violences extrêmes. Certains préfèrent la prison à la menace des lynchages perpétrés par des groupes auto-proclamés « justiciers ». Une paranoïa collective s’installe, où chacun craint d’être dénoncé ou arrêté sans preuve.
Un jeune homme, ayant requis l’anonymat, raconte : « À tout moment, tu te dis qu’on peut venir t’attraper. Tu es obligé de vivre caché. Avoir peur tout le temps, ce n’est pas une vie. »
L’ingénieur français récemment arrêté a été victime d’une descente policière brutale. Son arrestation a choqué la communauté des expatriés, rappelant que personne n’est à l’abri. Les méthodes utilisées, semblables à des rafles, illustrent une logique de criminalisation aveugle.
Manipulation politique et instrumentalisation religieuse
Derrière cette loi se cache une stratégie de diversion politique. Le groupe religieux And Sàmm Jikko Yi, connu pour ses positions radicales, a activement milité pour l’adoption de cette mesure. Son président, l’imam Babacar Sylla, n’hésite pas à qualifier les personnes LGBTQIA+ de « danger public », sans aucune preuve tangible. Il va jusqu’à affirmer qu’elles « propagent délibérément des maladies », une rhétorique mensongère qui alimente la haine.
Cette instrumentalisation de la religion sert à détourner l’attention des difficultés économiques du pays. Le gouvernement présente l’homosexualité comme une « importation occidentale », contraire aux valeurs traditionnelles Sénégalaises. Une narrative fallacieuse qui masque les véritables enjeux sociaux.
Une régression alarmante des droits humains
Les organisations internationales tirent la sonnette d’alarme. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) dénonce une loi qui « expose davantage des personnes déjà vulnérables aux violences, aux arrestations arbitraires et aux humiliations ». Cette mesure menace également la liberté d’expression en criminalisant toute forme de soutien aux droits LGBTQIA+.
Les conséquences sanitaires sont dramatiques. Les taux de dépistage du VIH s’effondrent, les personnes ayant peur d’être traquées ou arrêtées si elles détiennent des préservatifs ou des lubrifiants. Une situation qui met en péril des décennies de progrès en matière de santé publique.
Le Sénégal, jusqu’alors considéré comme un bastion de stabilité en Afrique de l’Ouest, rejoint désormais le rang des pays les plus répressifs du continent. Avec 31 pays africains criminalisant l’homosexualité, cette loi marque un tournant sombre. Pour les personnes concernées, l’exil ou le silence deviennent les seules options viables.