Succès Masra, figure de l’opposition tchadienne, privé de justice et de soins
Depuis un an, l’opposant tchadien Succès Masra, leader du parti Les Transformateurs, croupit dans une cellule exiguë à N’Djaména. Condamné à vingt ans de prison pour un message diffusé en 2023, il est aujourd’hui reconnu comme un prisonnier politique par sa sœur, Chancelle Masra, qui alerte sur son état de santé critique.
Une détention arbitraire et des conditions inhumaines
Dans une prison militaire de N’Djaména, Succès Masra est enfermé dans une pièce de moins de quinze mètres carrés, sans accès à la lumière du jour depuis le 16 mai 2025. Sa sœur décrit un environnement dénué de tout confort : pas de lit, pas de sport, pas de possibilité de contact téléphonique. Tous ses appareils électroniques ont été confisqués, le privant même de nouvelles de sa famille.
Les visites sont rares et soumises à autorisation. Malgré des comptes-rendus médicaux alarmants, notamment sur des problèmes respiratoires, aucune prise en charge médicale n’est possible au Tchad. Les analyses complémentaires, indispensables, restent inaccessibles.
Une condamnation sans fondement juridique
Le procès de Succès Masra repose sur une affirmation contestable : un message diffusé en 2023 aurait provoqué des violences intercommunautaires deux ans plus tard. Pourtant, aucune preuve, aucun témoignage ne lient directement l’opposant à ces événements. Au contraire, depuis la création de son parti en 2018, Masra n’a cessé de prôner le dialogue et la non-violence.
Son engagement pacifique est attested par des marche pacifiques organisées et la signature d’un accord de paix avec le gouvernement en 2023. Il a même renoncé à son salaire de Premier ministre pour servir l’intérêt général. Pour sa sœur, ces éléments prouvent son innocence : « Nous parlons aujourd’hui d’un innocent. Juridiquement, le dossier est vide. »
Un appel en suspens et un climat politique alarmant
Succès Masra a fait appel de sa condamnation, mais aucune date n’a été communiquée. Sa sœur dénonce un silence troublant des autorités judiciaires, tandis que le climat politique au Tchad se dégrade. Récemment, huit opposants du GCAP ont été condamnés à huit ans de prison pour avoir tenté d’organiser une marche pacifique. Une décision qui, selon Chancelle Masra, « n’a rien à voir avec la démocratie ».
Une mobilisation internationale qui porte ses fruits
Malgré les défis, la famille de Succès Masra se dit encouragée par la solidarité internationale. Des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch ont interpellé les autorités tchadiennes. L’Union européenne a également rappelé l’importance de respecter les droits fondamentaux au Tchad.
Pour Chancelle Masra, cette mobilisation a permis de maintenir son frère en vie. Elle appelle à une libération immédiate, soulignant que la justice tchadienne ne doit pas servir à museler les opposants. « Enfermer un innocent ne résoudra pas les tensions, mais les aggravera. »
Le parti Les Transformateurs résiste malgré les défections
Certains membres clés du parti ont rejoint le gouvernement, comme Sitack Yombatina, devenu ministre de l’Enseignement supérieur, ou Moustapha Masri, secrétaire général de la présidence. Pourtant, Chancelle Masra refuse de voir cela comme un affaiblissement : « Ce sont des choix individuels, pas une trahison. Le parti reste fort dans la diaspora et parmi les citoyens engagés. »
Un appel à la responsabilité des acteurs internationaux
Alors que les relations diplomatiques entre le Tchad et la France semblent se rétablir, Chancelle Masra met en garde : « La lutte contre le terrorisme ne doit pas justifier l’abandon des droits humains. » Elle rappelle que la liberté d’expression et le respect de la justice sont des piliers essentiels pour un pays en transition.