Souveraineté alimentaire au Bénin : le gouvernement mise sur l’industrialisation locale

Le ministre béninois de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, Adin Yeton Bloukounon Goubalan, a récemment mené une tournée de trois jours à travers le pays. Son objectif ? Accélérer la transformation des matières premières agricoles pour renforcer l’autonomie alimentaire du Bénin. Du centre à l’extrême nord, l’exécutif martèle un message sans ambiguïté : il est temps de briser la dépendance aux exportations de produits bruts et de privilégier une industrie nationale performante.

Une stratégie agricole en pleine mutation

Entre le 11 et le 13 juin, le ministre a visité les principaux pôles agricoles du Bénin, dont Paouignan, Glazoué et Parakou. Cette démarche s’inscrit dans la volonté présidentielle de faire de la transformation locale un levier de croissance économique et de sécurité alimentaire. L’enjeu est de taille : moderniser un secteur encore trop souvent tourné vers l’exportation de ressources non valorisées.

Riz et manioc : des filières en pleine expansion

Le secteur rizicole béninois enregistre une avancée majeure. À Glazoué, le groupe agro-industriel Premium, déjà bien implanté dans la transformation du riz paddy, a annoncé le lancement d’une troisième unité de production à Dangbo. Ce projet permettra d’augmenter la capacité annuelle de transformation de 300 000 à 500 000 tonnes, réduisant ainsi la dépendance aux importations de riz asiatique.

Dans le département des Collines, c’est le manioc, cette culture emblématique, qui se transforme en opportunité industrielle. Une nouvelle usine, dont les travaux arrivent à leur terme, produira du gari, du tapioca et surtout de la farine panifiable. Cette dernière représente une alternative stratégique pour diminuer les importations de blé. Le modèle de cogestion public-privé, inédit dans le pays, vise à redistribuer équitablement les bénéfices et à sécuriser les emplois en milieu rural.

Anacarde : lutter contre la fuite des ressources

La filière anacarde, bien que prometteuse, fait face à un problème récurrent : la contrebande des noix brutes vers les pays voisins. Les transformateurs locaux alertent sur cette hémorragie de matières premières, essentielles pour l’industrie nationale. Face à cette situation, le gouvernement béninois a décidé de renforcer les contrôles aux frontières et de prioriser l’approvisionnement des usines locales. L’enjeu est clair : conserver sur le sol béninois la valeur ajoutée générée par ces noix de cajou.

Coton : un plan ambitieux pour relancer la production

Le secteur cotonnier, pilier historique de l’économie béninoise, traverse une période difficile. Après trois années de baisse de production, l’exécutif a fixé un objectif audacieux : atteindre 700 000 tonnes pour la campagne 2026-2027. Pour y parvenir, une prime exceptionnelle de 10 FCFA par kilogramme produit sera versée aux agriculteurs dès que le seuil sera franchi. Cette mesure vise à redonner un souffle économique aux producteurs, souvent étouffés par le coût élevé des intrants.

Entre fermeté face aux trafics, incitations financières et investissements industriels, le Bénin trace sa route vers une agriculture plus autonome et résiliente. Les défis logistiques et climatiques restent à relever, mais la détermination politique semble inébranlable. L’objectif est désormais de concrétiser ces ambitions pour en faire une réalité durable.