Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits humains, Volker Türk, a récemment tiré la sonnette d’alarme concernant l’évolution préoccupante de la situation politique au Mali. Selon lui, le processus démocratique du pays se trouve en péril, tandis que les autorités actuelles adoptent des mesures toujours plus restrictives, menaçant les libertés fondamentales des citoyens maliens.
Un pouvoir en voie de concentration autoritaire
Depuis le coup d’État de 2020 qui a renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta, le Mali est dirigé par une junte militaire menée par le général Assimi Goïta. Plusieurs réformes constitutionnelles et juridiques ont été mises en place pour renforcer son contrôle sur le pays, notamment en suspendant indéfiniment les élections. Une loi adoptée en juillet 2025 permet même à Goïta de prolonger son mandat « autant de fois que nécessaire » jusqu’à la « pacification » du territoire. Par ailleurs, un décret a dissous l’ensemble des partis et organisations politiques, privant les Maliens de leur droit de vote et de participation aux affaires publiques.
Volker Türk a dénoncé ces changements, soulignant qu’ils « ferment la porte à toute élection démocratique dans un avenir proche ». Pour l’ONU, ces mesures constituent une violation flagrante des droits des citoyens à s’exprimer et à choisir leurs représentants.
Une répression généralisée contre l’opposition
La junte malienne ne se contente pas de verrouiller le système politique : elle cible également les voix dissidentes. L’ancien Premier ministre Moussa Mara, figure de l’opposition, a été arrêté début août 2025 pour « atteinte à la crédibilité de l’État » et « opposition à l’autorité légitime ». Son crime ? Avoir exprimé publiquement sa solidarité avec des détenus politiques sur le réseau social X (ex-Twitter).
Le Haut-Commissaire de l’ONU a qualifié cette situation de « instrumentalisation de la loi pour museler la dissidence ». De fait, le nombre d’arrestations arbitraires a considérablement augmenté, touchant des citoyens de tous horizons. Les chefs d’inculpation utilisés contre eux rappellent étrangement ceux retenus contre Mara, confirmant une stratégie systématique de répression.
Violences djihadistes et abus militaires : un cercle vicieux
Le Mali reste en proie à des attaques répétées de groupes terroristes comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, et Daech. Ces violences servent de prétexte à une militarisation accrue du pays, avec le soutien de l’Africa Corps, une milice paramilitaire russe ayant succédé au tristement célèbre Groupe Wagner.
Cependant, ces opérations ont un impact dévastateur sur les populations civiles. Selon les Nations Unies, depuis avril 2025, des centaines de Maliens ont été victimes d’exécutions sommaires, de détentions arbitraires, de disparitions forcées et d’enlèvements. Le bilan humain s’alourdit, plongeant le pays dans une instabilité chronique où l’impasse politique et la violence semblent s’alimenter mutuellement.
Face à cette crise multidimensionnelle, Volker Türk appelle à un rétablissement urgent des libertés fondamentales et à la reprise du processus démocratique. Sans cela, le Mali risque de s’enfoncer davantage dans un cycle de répression et de conflits, mettant en péril la stabilité de toute la région d’Afrique de l’Ouest.