Romuald Wadagni : vers une normalisation des relations entre le Bénin et le Niger ?
La transition politique au Bénin suscite un regain d’optimisme chez son voisin, le Niger. À l’approche de l’investiture du président élu Romuald Wadagni, prévue pour le 24 mai, le ministre nigérien des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, a laissé entrevoir une possible amélioration des relations bilatérales. Ces dernières années, les tensions entre les deux pays avaient atteint un niveau critique, bloquant toute coopération constructive.
Interrogé lors d’une émission diffusée sur RTN, chaîne publique nigérienne, Bakary Yaou Sangaré a reconnu l’absence actuelle de contacts officiels avec l’équipe de Romuald Wadagni. Cependant, il a exprimé l’espoir que le futur gouvernement béninois fasse preuve de bonne volonté pour relancer le dialogue. « Nous serions ravis de voir une dynamique positive s’engager entre nos deux nations », a-t-il déclaré.
Des relations diplomatiques au point mort depuis 2023
Le climat entre le Bénin et le Niger s’est dégradé de manière significative après le coup d’État de juillet 2023 au Niger, qui a porté le général Abdourahamane Tiani au pouvoir. Depuis cette date, une série de mesures restrictives a été mise en place, affectant gravement les échanges commerciaux et la libre circulation entre les deux pays.
Parmi les décisions les plus marquantes, la fermeture de la frontière terrestre entre le Niger et le Bénin a paralysé une part importante des flux économiques. Cette mesure a particulièrement touché les populations riveraines, dépendantes des échanges transfrontaliers pour leur subsistance.
En janvier 2026, la crise s’est encore aggravée avec l’expulsion croisée de diplomates et la suspension des activités de l’ambassade du Bénin à Niamey. Les autorités nigériennes accusent régulièrement Cotonou d’héberger des opposants au régime militaire, une allégation catégoriquement rejetée par le gouvernement béninois.
Le pipeline pétrolier et les enjeux économiques au cœur des tensions
Au-delà des divergences politiques, les relations entre les deux pays sont aussi perturbées par des enjeux économiques majeurs. Le projet de pipeline opéré par Wapco, qui permet l’exportation du pétrole nigérien via le terminal béninois de Sèmè-Kpodji, reste un sujet de discorde. La fermeture de la frontière terrestre pèse lourdement sur les échanges et complique la gestion de ce projet stratégique.
Les conséquences de cette situation sont multiples : perturbation des flux commerciaux, hausse des coûts logistiques et difficultés accrues pour les opérateurs économiques des deux côtés de la frontière. La normalisation des relations est donc perçue comme une priorité pour relancer l’activité économique dans la sous-région.
Romuald Wadagni face à un défi diplomatique de taille
L’élection de Romuald Wadagni le 12 avril 2026 et son entrée en fonction prévue pour le 24 mai pourraient marquer un tournant dans les relations entre le Bénin et le Niger. Les déclarations de Bakary Yaou Sangaré sont interprétées comme un signal d’ouverture conditionné à des gestes concrets de la part du futur gouvernement béninois.
En 2025, une tentative de médiation régionale avait été envisagée, impliquant les deux gouvernements ainsi que d’anciens chefs d’État béninois. Malgré les efforts déployés, aucun résultat concret n’avait été obtenu. Pour Romuald Wadagni, la normalisation des relations avec le Niger pourrait figurer parmi les premiers grands dossiers diplomatiques de son mandat.
Un dégel des relations entre les deux pays permettrait non seulement de relancer les échanges économiques sous-régionaux, mais aussi de renforcer la coopération sécuritaire. Cette perspective est d’autant plus cruciale dans un contexte marqué par l’instabilité au Sahel et la montée des tensions régionales.