Rôle de la Russie dans la sécurité du Mali et du Sahel sous la loupe

rôle de la Russie dans la sécurité du Mali et du Sahel sous la loupe

L’influence de Moscou s’étend en Afrique via des accords militaires, mais ses récents échecs au Mali interrogent.

Les récentes attaques coordonnées menées par des groupes armés au Mali ont révélé des faiblesses dans la stratégie militaire russe déployée dans la région. Après des années de présence sous la bannière du groupe Wagner, puis sous celle du Africa Corps – une unité directement rattachée au ministère de la Défense de Moscou –, les forces russes peinent à justifier leur efficacité face à la montée des violences.

Les événements survenus samedi dernier, où des assaillants ont ciblé plusieurs villes clés dont Bamako, Kidal, Gao et Sevare, ont marqué un tournant. Ces attaques, menées conjointement par le Front de Libération de l’Azawad (FLA) et le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM), affilié à al-Qaïda, ont révélé des lacunes dans la protection des positions stratégiques.

Retrait des forces russes de Kidal : un signal inquiétant

Parmi les villes les plus touchées, Kidal, bastion touareg, a été brièvement occupée par les rebelles. Les forces du Africa Corps, présentes dans la région depuis 2021, ont finalement quitté la ville après avoir négocié leur départ avec l’aide de l’Algérie. Ce retrait, officiellement présenté comme une décision conjointe avec les autorités maliennes, soulève des questions sur la capacité des mercenaires russes à tenir leurs engagements.

Selon des analystes, le Africa Corps aurait adopté une posture plus défensive que ses prédécesseurs de Wagner. Alors que ces derniers étaient connus pour leur agressivité, les nouveaux contingents russes semblent moins enclins à prendre des risques. Cette approche a été pointée du doigt après l’échec à empêcher la prise de Kidal, où des équipements militaires, dont une station de drones, auraient été abandonnés.

Un partenariat militaire mis à l’épreuve

Le gouvernement malien, dirigé par le colonel Assimi Goita, continue de miser sur l’appui russe pour sécuriser le pays. Pourtant, la mort du ministre de la Défense Sadio Camara, tué lors des attaques, ainsi que la perte de plusieurs positions clés, remettent en cause la crédibilité de cette alliance.

La Russie, qui avait présenté son intervention comme une alternative aux forces françaises et onusiennes, voit désormais sa réputation entachée. Les critiques fusent, notamment après l’annonce du retrait de Kidal. Certains observateurs estiment que les forces russes n’étaient tout simplement pas en nombre suffisant pour résister à l’assaut.

L’impact sur l’influence russe en Afrique de l’Ouest

Au-delà du Mali, les pays voisins comme le Burkina Faso et le Niger – également membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) – accueillent des contingents russes, mais en plus petit nombre. Ces présences se limitent souvent à un rôle de supervision ou de formation, loin des combats frontaux.

En République centrafricaine, en Libye et au Soudan, la Russie maintient une influence militaire plus marquée. Cependant, les récents événements au Mali pourraient dissuader d’autres États africains de s’engager davantage avec Moscou.

Les questions en suspens

Plusieurs interrogations persistent quant à l’avenir des forces russes dans la région :

  • Pourquoi le Africa Corps n’a-t-il pas pu empêcher la prise de Kidal malgré une présence avérée ?
  • Quelles seront les prochaines étapes de la Russie pour regagner la confiance des gouvernements du Sahel ?
  • Comment les groupes armés comme le FLA et le JNIM vont-ils exploiter cette situation ?

Le gouvernement malien a assuré que les opérations de sécurisation se poursuivent, mais l’opacité entourant les négociations avec les groupes armés laisse planer des doutes. De son côté, le Kremlin continue de revendiquer des frappes aériennes contre les assaillants, sans pour autant apporter de preuves tangibles.

Dans un contexte où le Mali et ses voisins du Sahel cherchent à se libérer de l’influence des anciennes puissances coloniales, l’échec relatif de la Russie pourrait redessiner les alliances militaires en Afrique de l’Ouest.