crise au Mali : quel avenir pour la junte après l’offensive rebelle ?
L’offensive coordonnée de groupes armés au Mali, ayant entraîné l’assassinat du ministre de la Défense et la prise de contrôle de zones stratégiques au nord, a plongé le pays dans une profonde crise. Les habitants de plusieurs villes, dont la capitale Bamako, ont été réveillés par des échanges de tirs et des explosions, revendiqués par une alliance entre le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), lié à al-Qaïda.
La rapidité et l’ampleur de cette attaque, couplées au retrait des forces maliennes et russes de la ville de Kidal, désormais sous contrôle du FLA, ont mis en lumière les faiblesses de la junte dirigée par le colonel Assimi Goïta, arrivé au pouvoir après un coup d’État en 2020. Depuis, le silence de Goïta concernant cette crise a alimenté les interrogations sur la stabilité du régime et l’efficacité de ses alliés stratégiques, notamment la Russie.
quelles perspectives pour la junte malienne ?
scénario 1 : la junte maintient son pouvoir et contre-attaque
Selon de nombreux observateurs, ce scénario reste le plus probable à court terme. L’armée contrôle encore la majorité des grandes villes et des institutions étatiques. Cependant, les prochains jours seront déterminants : une contre-offensive contre le JNIM et le FLA pourrait sceller l’avenir de la junte.
Beverly Ochieng, analyste senior chez Control Risks, souligne que le succès ou l’échec de cette opération « déterminera la longévité du régime ». Trois jours après l’attaque, le colonel Goïta a finalement pris la parole à la télévision, affirmant que la situation était maîtrisée et promettant de « neutraliser » les responsables des assauts.
Malgré cette déclaration, la mort du ministre de la Défense Sadio Camara, figure clé du régime et principal interlocuteur de Moscou, risque de fragiliser la coordination militaire et les relations avec la Russie. Ulf Laessing, responsable du programme Sahel à la Fondation Konrad Adenauer, précise que Camara était « le cerveau derrière le déploiement des mercenaires russes au Sahel ».
Les forces maliennes, soutenues par des drones turcs qui avaient joué un rôle décisif dans la reprise de Kidal en 2024, tentent désormais de sécuriser les zones clés. Pourtant, les déclarations du porte-parole du FLA, Mohamed Elmaouloud Ramadane, laissent présager une escalade : « nous visons la ville de Gao, dont les accès sont déjà tombés. Timbuktu sera notre prochaine cible ».
scénario 2 : la junte conserve le pouvoir avec l’appui russe mais diversifie ses alliances
L’échec de la contre-offensive, notamment à Kidal, a porté un coup sévère à l’image de la Russie en tant que partenaire sécuritaire fiable au Mali. Les analystes estiment que sa réputation « a subi un revers majeur », selon Ulf Laessing.
Face à cette situation, Bamako pourrait être contraint d’élargir ses partenariats militaires. Plusieurs pistes sont évoquées :
- Un renforcement des liens avec la Turquie, déjà fournisseur de drones au Mali et active dans la formation de la garde présidentielle.
- Une réouverture vers les États-Unis, après des années de tensions. Nick Hocker, responsable des affaires africaines au Département d’État américain, s’est rendu à Bamako début 2025 pour relancer le dialogue et proposer une coopération renforcée avec les voisins du Mali, notamment le Burkina Faso et le Niger.
- Un rapprochement avec l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, bien que son rôle militaire reste encore limité.
Pour la Russie, l’enjeu est de taille : si Moscou perd son influence au Mali, cela pourrait nuire à sa stratégie africaine, fondée sur des partenariats militaires.
scénario 3 : la junte vacille et cède la place — mais qui prendra le relais ?
Les attaques de samedi ont créé la crise la plus grave pour le pouvoir militaire depuis des années. Une intensification des violences pourrait accentuer le mécontentement populaire et fragiliser davantage la junte.
Plusieurs hypothèses se dessinent :
- Un nouveau coup d’État militaire, avec une nouvelle génération d’officiers aux commandes.
- Une alliance entre le FLA et le JNIM, bien que les divergences idéologiques entre un mouvement indépendantiste laïc et un groupe islamiste radical compliquent cette perspective.
Le porte-parole du FLA, Sayed Bin Bella, a d’ailleurs précisé qu’il n’y avait « aucune fusion » avec le JNIM, exigeant que ce dernier rompe tout lien avec al-Qaïda pour envisager une collaboration. Beverly Ochieng évoque un possible scénario à la syrienne, où un groupe autrefois affilié à al-Qaïda parviendrait au pouvoir tout en adoptant une ligne plus modérée pour consolider son influence.
Cependant, les tensions internes entre les deux factions pourraient devenir explosives à long terme, notamment si le JNIM est perçu comme trop modéré par ses alliés jihadistes.
La situation au Mali reste donc extrêmement volatile, avec des répercussions potentielles sur toute la région du Sahel.