Un atterrissage qui fait trembler les institutions
L’ancien président sénégalais Macky Sall a posé le pied sur le tarmac de l’aéroport militaire de Yoff ce vendredi, marquant son premier retour dans le pays depuis sa défaite électorale de 2024. Une arrivée en grande pompe, symbolisée par une rencontre prévue avec son successeur, Bassirou Diomaye Faye. Une décision qui a semé le trouble parmi les citoyens, alors que les relations entre les deux hommes étaient au plus bas.
Quelques semaines avant les dernières élections présidentielles, Bassirou Diomaye Faye et son mentor Ousmane Sonko croupissaient derrière les barreaux du Cap Manuel. Des milliers de militants du Pastef avaient subi le même sort, arrêtés pour avoir simplement affiché leur soutien au parti. Soixante-cinq morts et des centaines de détenus politiques ont marqué cette période sombre, encore vivace dans les mémoires.
Des plaies toujours ouvertes
Aly Coly, militant emprisonné avec sept membres de sa famille, dont son épouse et son nourrisson de trois mois, témoigne de cette injustice. « On nous avait enfermés simplement pour avoir porté un bracelet aux couleurs du Pastef. Et aujourd’hui, alors que je vois notre président accueillir l’homme qui a orchestré tout cela, je me demande : où est la justice ? »
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus d’un millier de détenus politiques entre 2021 et 2024, des émeutes réprimées dans le sang, et une impunité totale. Pour beaucoup, ce retour de Macky Sall incarne le retour de l’ancien système. « Aucune enquête n’a été ouverte, personne n’a été inquiété. Et lui revient comme si de rien n’était », s’indigne Aly Coly.
L’ONU dans la ligne de mire
Derrière cette visite se cachent des ambitions internationales. Macky Sall a clairement indiqué que son déplacement était lié à sa candidature au poste de secrétaire général de l’ONU. Une candidature déjà présentée devant l’assemblée générale le 22 avril dernier, où il se présentait en défenseur du multilatéralisme. Pourtant, jusqu’à présent, ni l’Union africaine ni le Sénégal n’ont apporté leur soutien à sa démarche.
Une candidature qui choque une partie de la population. « L’ONU a pour mission de défendre les droits humains. Comment imaginer qu’une personne responsable de 60 morts puisse diriger cette institution ? », s’interroge Aly Coly.
Pour d’autres, cette candidature pourrait représenter une opportunité pour le Sénégal. Maurice Soundieck Dione, professeur de sciences politiques à l’université Gaston Berger, y voit un levier pour améliorer l’image internationale du pays. « Une telle nomination renforcerait l’attractivité du Sénégal, attirant investisseurs et capitaux étrangers », explique-t-il.
Un deal gagnant-gagnant en perspective ?
Mais au-delà des enjeux internationaux, cette rencontre pourrait aussi servir les intérêts de Bassirou Diomaye Faye. Depuis plusieurs mois, les tensions entre le président et son ancien mentor Ousmane Sonko, président de l’assemblée nationale, se sont intensifiées. « Obtenir le soutien de Macky Sall pourrait être précieux pour Diomaye Faye, surtout dans ce contexte politique tendu », analyse Maurice Soundieck Dione.
Pourtant, cette stratégie pourrait aliéner une partie de son électorat. Élu sur des promesses de rupture, le président est accusé de réintégrer l’ancien système corrompu dans les cercles du pouvoir. Plusieurs nominations polémiques ont alimenté cette critique. « Trahir Sonko, c’est renier son mentor. Et culturellement, c’est mal perçu au Sénégal », rappelle le politologue.
Reste à savoir si cette rencontre sera perçue comme une trahison ou une opportunité stratégique. Une chose est sûre : elle relance le débat sur la place de l’ancien système dans le Sénégal d’aujourd’hui.