Restructuration majeure au Gabon : la SEEG laisse place à deux entités distinctes

Le paysage des services publics au Gabon connaît une transformation historique. Lors du Conseil des ministres tenu le jeudi 25 juin 2026, les autorités ont entériné la dissolution de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). Cette décision marque l’avènement de deux nouvelles entités spécialisées : La Gabonaise des Eaux et Électricité du Gabon. Ce nouveau modèle repose sur une structure de société d’économie mixte, alliant les capitaux de l’État à l’expertise de partenaires privés.

La fin d’un modèle intégré vieux de trois décennies

Depuis 1997, la SEEG gérait de manière conjointe l’approvisionnement en eau et en électricité, un schéma hérité d’une longue période de concession. Cependant, ce système d’opérateur unique a montré ses failles au fil des ans. Entre infrastructures vieillissantes, interruptions de service chroniques et équilibre financier précaire, le constat était devenu critique. Même la reprise en main par le secteur public en 2018 n’avait pas permis de restaurer une qualité de service satisfaisante pour les ménages et les entreprises gabonaises.

En actant cette scission, le gouvernement fait le choix de la spécialisation technique. La gestion de l’électricité, qui demande des investissements massifs dans les centrales thermiques ou hydroélectriques et une maîtrise des réseaux haute tension, diffère radicalement des enjeux de l’eau potable, centrés sur le traitement de la ressource et l’extension des conduites urbaines. Cette séparation doit permettre une gestion plus ciblée et une meilleure allocation des budgets d’investissement.

Le choix stratégique de l’économie mixte

L’adoption du statut de société d’économie mixte témoigne de la volonté des autorités de la Transition de conserver un droit de regard souverain sur ces secteurs stratégiques, tout en sollicitant l’agilité et les financements du secteur privé. Ce virage institutionnel s’inspire de modèles régionaux ayant déjà fait leurs preuves, comme au Sénégal ou en Côte d’Ivoire, où la gestion déléguée a permis de stabiliser les réseaux.

Si les grandes lignes de la réforme sont tracées, plusieurs zones d’ombre subsistent, notamment concernant la répartition exacte du capital et l’identité des futurs partenaires. Le calendrier de déploiement opérationnel et les modalités de transfert du personnel et des actifs de l’ancienne SEEG restent à définir. La gestion de la dette existante et des engagements auprès des partenaires internationaux représentera également un défi technique majeur pour les mois à venir.

Un enjeu social et politique pour la Transition

Cette réforme dépasse le cadre purement technique pour s’inscrire au cœur de l’agenda politique du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI). L’amélioration de l’accès à l’eau et à l’électricité est devenue une priorité absolue pour répondre au mécontentement des populations, particulièrement dans les zones urbaines denses comme Libreville et Port-Gentil.

Le succès de cette nouvelle architecture sera scruté de près par les institutions financières internationales, telles que la Banque africaine de développement. La réussite du projet dépendra de la mise en place d’une gouvernance rigoureuse, d’une politique tarifaire équilibrée et d’une régulation efficace. Pour le secteur industriel, notamment les filières minières et forestières, la stabilité de ce nouveau cadre est essentielle pour garantir la pérennité de leurs activités économiques. Les projets de loi doivent désormais passer l’étape de la validation par le Parlement de la Transition.