Querelle politique au Maroc : le pjd et al adl wal ihsane s’affrontent sur l’utilité des scrutins

Abdelilah Benkirane, secrétaire général du Parti de la justice et du développement (PJD), lors d'un rassemblement en juin 2026

Le PJD et Al Adl Wal Ihsane s’opposent sur la question des élections au Maroc

La scène politique marocaine est secouée par une nouvelle passe d’armes entre deux acteurs majeurs du paysage islamiste local. D’un côté, le Parti de la justice et du développement (PJD), dirigé par Abdelilah Benkirane, défend farouchement l’idée que les élections restent un outil essentiel pour exprimer la voix des citoyens. De l’autre, le mouvement Al Adl Wal Ihsane, lui, remet en cause l’utilité même de ces scrutins dans un système qu’il juge verrouillé.

Un débat qui divise la mouvance islamiste

Ce clivage n’est pas anodin. Il oppose deux visions de l’action politique au sein de l’islam politique marocain. Le PJD, qui a longtemps occupé le devant de la scène avec ses 12 ans à la tête du gouvernement, mise sur la participation électorale pour maintenir son influence. Pour ses dirigeants, même imparfaits, les élections offrent une tribune pour porter les revendications des Marocains.

À l’inverse, Al Adl Wal Ihsane, mouvement interdit mais très influent, considère que le système électoral marocain est conçu pour marginaliser les forces alternatives. Ses partisans avancent que renoncer aux urnes permet de préserver une ligne politique pure, non corrompue par les compromis institutionnels.

Des arguments qui s’affrontent sur la place publique

Les prises de position récentes des deux camps ont relancé le débat. Le secrétaire général du PJD, Abdelilah Benkirane, a multiplié les interventions pour rappeler que « les élections sont le seul moyen légitime pour un parti de légitimer son action auprès des citoyens ». Une déclaration qui visait clairement à contrer les critiques d’Al Adl Wal Ihsane.

Ce dernier a répondu en accusant le PJD de « se rendre complice d’un système qui ne reflète pas la volonté populaire ». Le mouvement a appelé ses sympathisants à boycotter les prochains scrutins, estimant que leur participation ne servirait qu’à cautionner des résultats prédéterminés.

Un enjeu de crédibilité pour les deux camps

Pour le PJD, l’enjeu est double : prouver qu’il reste un acteur incontournable de la vie politique, et éviter une marginalisation totale. Après sa défaite électorale de 2021, le parti cherche à se repositionner comme un recours face aux difficultés socio-économiques du pays. Ses militants multiplient les meetings pour rappeler leur ancrage dans les quartiers populaires.

Quant à Al Adl Wal Ihsane, cette querelle sur les élections sert aussi ses intérêts. En refusant de jouer le jeu institutionnel, il renforce son image de mouvement pur et intransigeant, ce qui attire une jeunesse en quête de radicalité politique.

Un débat qui dépasse le cadre partisan

Cette confrontation dépasse les clivages traditionnels. Elle interroge plus largement la place de l’islam politique dans une monarchie qui a su intégrer une partie de ses revendications tout en maintenant son contrôle. Les élections deviennent ainsi le symbole d’un dilemme plus large : faut-il participer pour changer le système de l’intérieur, ou le rejeter pour préserver une intégrité idéologique ?

Ce débat, loin d’être clos, promet de structurer la vie politique marocaine dans les mois à venir. Entre boycott et participation, les deux camps semblent déterminés à poursuivre leur affrontement idéologique, avec à la clé l’avenir même de l’islam politique dans le royaume.