Le pipeline Tchad-Cameroun : un apport financier majeur pour le Cameroun
Depuis six ans, le pipeline Tchad-Cameroun génère une manne financière significative pour les finances publiques camerounaises. Entre 2020 et 2025, le Trésor public de Yaoundé a en effet perçu 222,2 milliards de FCFA au titre des droits de transit prélevés sur le pétrole brut tchadien acheminé vers le port de Kribi. Ce montant équivaut à une recette annuelle moyenne de 37 milliards de FCFA, directement liée au passage des barils sur le territoire camerounais.
Pour le Tchad, pays sans accès à la mer, cette infrastructure représente une voie essentielle pour l’exportation de sa production pétrolière. Les droits de transit perçus par le Cameroun sont calculés en fonction de chaque baril transporté, selon un tarif négocié et ajusté régulièrement entre les deux pays. Plusieurs facteurs influencent ce rendement : le volume de brut acheminé, le taux de change entre le dollar et le FCFA, ainsi que les ajustements tarifaires appliqués.
Une progression spectaculaire en une décennie
Les recettes générées par le pipeline Tchad-Cameroun ont connu une hausse remarquable depuis son entrée en service en 2003. Selon les données du Comité de pilotage et de suivi des pipelines (CPSP), le Cameroun avait perçu 85,5 milliards de FCFA sur les huit premières années d’exploitation, soit une moyenne annuelle d’environ 10,7 milliards de FCFA. Entre 2020 et 2025, cette moyenne a presque quadruplé, atteignant 37 milliards par an.
Cette augmentation s’explique par plusieurs paramètres, notamment les révisions tarifaires successives et l’évolution des volumes transportés. Cependant, sans une ventilation détaillée des 222,2 milliards perçus, il est difficile d’évaluer précisément l’impact de chaque variable sur cette progression. Le taux de change dollar-FCFA joue également un rôle clé dans la valorisation de ces recettes.
Des tarifs de transit revus à la hausse pour booster les recettes
L’un des leviers majeurs de cette augmentation réside dans la revalorisation progressive des tarifs de transit. Lors de la mise en service du pipeline en 2003, le tarif unitaire était fixé à 0,41 dollar par baril. Ce montant a été relevé une première fois en 2013, puis une seconde en 2018, atteignant 1,321 dollar par baril. En quinze ans, le tarif a ainsi été multiplié par plus de trois, ce qui a mécaniquement accru les recettes camerounaises, indépendamment des volumes transportés.
Une nouvelle révision tarifaire était initialement prévue pour le 1er octobre 2023, conformément aux accords entre Yaoundé et N’Djamena. Cependant, aucun nouveau tarif n’a encore été communiqué, laissant planer une incertitude sur l’évolution future des recettes. Ces négociations tarifaires restent un sujet récurrent dans les relations bilatérales entre les deux pays.
Une comparaison des recettes à interpréter avec prudence
Pour évaluer l’évolution des recettes, il est crucial de distinguer les périmètres comptables. Entre 2004 et 2013, l’opérateur COTCO avait indiqué avoir reversé environ 200 milliards de FCFA au Trésor camerounais. Toutefois, ce montant comprenait non seulement les droits de transit, mais aussi l’impôt sur les revenus et d’autres taxes. Il ne peut donc être directement comparé aux 222,2 milliards de 2020-2025, qui ne représentent que les droits de passage.
Malgré cette nuance, les chiffres actuels confirment l’importance croissante de cette rente pour le Cameroun. À la fin du mois de mai 2026, Yaoundé avait déjà encaissé 15,1 milliards de FCFA au titre des droits de transit. Ce montant intermédiaire laisse présager une année 2026 tout aussi florissante, même si le résultat final reste à confirmer. La publication du nouveau tarif, attendu depuis octobre 2023, pourrait offrir une visibilité accrue sur les revenus futurs générés par le pipeline.