Niger : l’ombre du CFPD et ses 1,8 milliard FCFA mensuels qui pèsent sur l’économie

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Un bras de fer aux conséquences directes pour les citoyens

La lutte pour le contrôle du Commandement des Forces de Protection et de Développement (CFPD) au Niger ne se limite pas à une simple rivalité entre généraux. Elle a des répercussions tangibles sur l’économie et la vie quotidienne des Nigériens. Derrière les 1,8 milliard de FCFA mensuels engagés, c’est tout un pan de la stabilité financière du pays qui est en jeu. Les entreprises contributrices, déjà fragilisées, subissent de plein fouet les incertitudes liées à ce dispositif. Et pendant que les protagonistes s’affrontent, les infrastructures stratégiques peinent à être sécurisées, exposant le pays à des risques accrus.

Le CFPD, une force créée pour protéger les intérêts vitaux du Niger

Le 9 mai 2024, le général Abdourahamane Tiani, chef du CNSP, signe le décret n°2024-309/P/CNSP/MDN instaurant le CFPD. Cette structure a pour mission de sécuriser les installations minières, pétrolières, les corridors et les pipelines. Le ministère de la Défense confirme cette initiative, qui s’accompagne du recrutement de 10 000 jeunes pour renforcer les Forces armées nigériennes. Officiellement, le CFPD répond à une logique de protection des sites stratégiques. Mais dans les coulisses, le pouvoir se déchire autour de trois leviers : le contrôle des hommes, des missions et des ressources financières.

L’article 28 : une manne financière de 1,8 milliard FCFA par mois

L’article 28 du décret fixe une Prime Unique d’Astreinte (PUA) d’au moins 12 000 FCFA par homme et par jour, à la charge des sociétés concernées. Pour un effectif de 5 000 hommes, les montants atteignent :

  • Par jour : 60 millions de FCFA
  • Par mois : 1,8 milliard de FCFA
  • Par an : 21,9 milliards de FCFA

Ces sommes colossales, issues des contrats avec les entreprises, sont au cœur du conflit. Elles représentent un enjeu financier majeur qui alimente les tensions au sommet de l’État.

Blocage budgétaire : quand les Finances freinent la Défense

Le général Salifou Mody, ministre de la Défense, a imposé la mise en œuvre du CFPD. Le général Tiani a signé le décret sous la pression de son ministre. Mais très vite, le chef du CNSP ordonne à Lamine Zeine, alors ministre des Finances, de bloquer les dispositions financières du dispositif. Résultat : le CFPD est créé, mais privé de moyens. Un blocage politique qui paralyse le projet de Mody et exacerbe les rivalités.

Le contentieux Mody-Zeine : une guerre ouverte

Lamine Zeine devient la cible principale. En janvier 2026, il cumule les fonctions de Premier ministre et de ministre de l’Économie et des Finances, tandis que Salifou Mody est ministre d’État à la Défense. Mody obtient le retrait du portefeuille des Finances à Zeine, puis son départ de la Primature. La confiance entre les piliers du pouvoir est détruite. Cette lutte a des conséquences directes sur la gestion économique du pays, les décisions budgétaires étant suspendues aux querelles politiques.

La recomposition du pouvoir : Mody à la Primature

Après l’éviction de Zeine, le général Mody prend la tête du gouvernement. Il impose une condition : cumuler les postes de Premier ministre et de ministre de la Défense. Il concentre ainsi entre ses mains les leviers politiques, militaires et administratifs. Une concentration qui inquiète les observateurs, car elle réduit les contre-pouvoirs et accentue les risques de dérive autoritaire.

Damolleydi : une seconde bataille aux allures de mobilisation générale

Face au blocage du CFPD, le régime lance la mobilisation générale « Damolleydi » pour recruter des volontaires et structurer les forces existantes. Le général Mody en prend la tête, évincant le général Mohamed Toumba, ministre de l’Intérieur. Mais curieusement, Mody freine la mise en œuvre de cette initiative. Le dispositif perd de sa visibilité, supplanté par des structures locales autonomes. Une situation qui affaiblit la coordination sécuritaire et laisse des zones grises propices aux menaces.

Les trois piliers du contrôle : hommes, missions, argent

Cette affaire verrouille l’appareil d’État autour de trois axes :

  • Le commandement : le contrôle des personnels affectés aux sites stratégiques.
  • Les missions : la désignation des infrastructures à sécuriser et la fixation des priorités.
  • L’argent : le contrôle des entreprises contributrices et la gestion des flux financiers.

L’article 28 du décret régit ce mécanisme financier de 1,8 milliard de FCFA mensuels. Ce montant est l’enjeu direct du dispositif et confirme sa dimension politique. Au-delà de la rivalité entre Tiani, Mody et Zeine, le vainqueur détiendra le contrôle exclusif des hommes, des missions et des ressources du Niger. Une mainmise qui pourrait avoir des conséquences durables sur l’économie et la sécurité du pays.

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Boureima Ouédraogo

Journaliste