Dix ans de prison pour Adama Sangaré : quelles conséquences pour le marché foncier de Bamako ?

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Une condamnation aux répercussions immédiates sur les acteurs locaux

Avec une peine de dix ans de réclusion criminelle infligée à Adama Sangaré, ancien maire du district de Bamako, l’affaire foncière de Bamako-Sénou s’impose désormais comme un séisme judiciaire aux conséquences multiples. Les citoyens, les investisseurs et les professionnels du secteur immobilier subissent déjà les premiers effets de cette décision, qui interroge la transparence et la pérennité des transactions foncières dans la capitale malienne. Au-delà du cas personnel de l’ex-édile, cette condamnation soulève des questions cruciales sur la rigueur des règles d’attribution des terrains publics et la responsabilité des autorités locales.

Les arguments de la défense face à une justice controversée

Dès le début du procès, Adama Sangaré et ses avocats ont contesté avec fermeté la qualification pénale des faits qui lui sont reprochés. Selon eux, les opérations de morcellement et d’attribution de parcelles dans la zone de Bamako-Sénou relèvent davantage d’un différend administratif que d’une infraction criminelle. Leur argumentation s’appuie sur deux piliers : la légalité des actes municipaux et leur contexte politique.

D’une part, les conseils de l’ancien maire estiment que les décisions prises dans le cadre de ses fonctions doivent être évaluées selon les règles du droit administratif. Ils contestent ainsi la compétence de la Chambre criminelle du Pôle national économique et financier, soulignant que la Cour suprême avait déjà été saisie de questions similaires dans une procédure antérieure. Malgré ces contestations, la juridiction a maintenu sa saisine, plongeant l’affaire dans une zone grise procédurale.

L’instruction de l’ancien président en question

Autre point clé de la défense : Adama Sangaré affirme avoir agi sur instruction verbale de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta, décédé en 2022. Selon lui, ces opérations foncières visaient à faciliter l’installation de populations déplacées depuis le Nord du Mali, dans un contexte de réconciliation nationale. Bien que cette allégation cherche à replacer les faits dans un cadre politique et humanitaire, elle ne suffit pas à disculper l’ancien maire, ni à garantir la légalité des procédures entachées d’irrégularités présumées.

Des frais d’édilité et des détournements mis en lumière

Les finances publiques et les pratiques d’édilité occupent une place centrale dans ce dossier. L’accusation reproche à Adama Sangaré et à son équipe l’octroi d’exonérations irrégulières, ainsi que des manquements dans la gestion de fonds liés à des opérations de démolition. Parmi les chiffres avancés : 49,39 millions de FCFA pour les frais d’édilité contestés, et un préjudice financier global estimé à 483,964 millions de FCFA. Ces montants, bien que contestés par l’ancien maire, ont conduit le tribunal à ordonner des condamnations pécuniaires lourdes, dont 483,964 millions de FCFA à verser solidairement pour les frais de démolition.

Adama Sangaré a rétorqué que certaines exonérations relevaient de ses prérogatives, et que la gestion des fonds de démolition échappait à son contrôle direct. Pourtant, ces explications n’ont pas convaincu les magistrats, qui ont maintenu leurs condamnations. Cette divergence entre les positions de l’accusation et de la défense illustre la complexité des enjeux financiers liés à la gestion du domaine public.

Une affaire aux multiples condamnés et un climat de méfiance persistant

Adama Sangaré n’est pas le seul condamné dans cette affaire. Les anciens sous-préfets Daha Keïta et Ibrahim Koïta écopent également de dix ans de prison, tout comme Adam Aïché Traoré, Fatouma Samassékou et Bourama Komagara, ces derniers avec cinq ans de sursis. La peine la plus lourde revient à Souleymane Dagnon, ancien maire de la Commune VI de Bamako, jugé par contumace et condamné à vingt ans de prison. Seule une personne, Sékou Keïta, a bénéficié d’un acquittement dans ce dossier.

Ces condamnations, bien que sévères, ne clôturent pas le débat. La défense a annoncé faire appel, une décision qui prolonge l’incertitude autour de cette affaire et rappelle l’importance cruciale de la transparence dans la gestion foncière au Mali. Pour de nombreux observateurs, cette condamnation pourrait aussi dissuader d’autres acteurs locaux d’entreprendre des initiatives similaires, craignant des poursuites judiciaires aux conséquences imprévisibles.

Et maintenant ? Les enjeux à venir pour Bamako

Cette affaire soulève des questions bien plus larges que le sort d’un seul homme. Elle met en lumière les risques systémiques liés à la gestion du foncier public, où se croisent corruption, manque de transparence et conflits de compétence. Les citoyens et les investisseurs attendent désormais comment les autorités maliennes vont réformer les procédures d’attribution des terrains pour éviter de nouvelles crises.

Par ailleurs, cette condamnation ouvre un débat crucial sur la frontière entre faute administrative et infraction pénale. Les décisions de justice futures devront clarifier cette ligne pour éviter que des différends administratifs ne se transforment en procédures criminelles, tout en garantissant que les détournements de fonds publics ne restent pas impunis.

Pour les professionnels du secteur, l’affaire Adama Sangaré est un signal d’alerte. Elle rappelle que la confiance des acteurs économiques et des citoyens repose sur la clarté des règles et l’intégrité des processus. En attendant la suite de la procédure en appel, Bamako doit se préparer à des réformes structurelles pour restaurer la crédibilité d’un marché foncier déjà fragilisé.

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Kadidja Zongo

Journaliste