Quinze jours après l’investiture du président Faustin Archange Touadéra, marquant l’ouverture de la VIIe République, Martin Ziguélé, figure emblématique de l’opposition et ancien chef de gouvernement, s’est exprimé publiquement. Son intervention survient dans un contexte politique en République Centrafricaine empreint de vives tensions et de divergences persistantes entre le pouvoir en place et l’opposition.
Depuis Bangui, l’ancien leader du MLPC a dressé un tableau préoccupant de la situation nationale. Il estime qu’après une décennie de gouvernance sous l’actuel régime, le quotidien des citoyens centrafricains n’a pas connu d’amélioration significative. Martin Ziguélé a souligné l’impératif d’instaurer un véritable échange entre les acteurs politiques et les représentants de la société civile afin d’inverser cette trajectoire.
Pour étayer son analyse, l’opposant a mis en avant des statistiques alarmantes concernant la pauvreté. En 2016, plus de la moitié de la population vivait sous le seuil de pauvreté, avec moins de 1 000 francs CFA par jour. Cette proportion pourrait atteindre environ deux tiers des habitants d’ici 2026. À cette précarité s’ajoutent des lacunes structurelles majeures, telles que l’accès insuffisant à l’eau potable et à l’électricité, la dégradation des infrastructures de transport et la prolifération des barrages illégaux sur les axes routiers.
Le déclin des secteurs agricoles, autrefois piliers de l’économie centrafricaine, illustre également ce recul. La production de coton, qui atteignait jadis près de 100 000 tonnes, avoisinerait désormais les 2 000 tonnes. Des cultures historiques comme le café ne disposent plus de données fiables. Face à cette situation, Martin Ziguélé insiste sur la nécessité d’un vaste chantier de réformes politiques et économiques pour enclencher la relance du pays.
Pour Martin Ziguélé, un dialogue sincère est la clé d’une reprise durable. En démocratie, la concertation entre les différentes sensibilités politiques représente un levier indispensable pour surmonter les impasses. Il a rappelé que la majorité de la population, résidant en zone rurale, est directement impactée par l’enclavement et l’effondrement des chaînes de production, ce qui rend l’urgence d’une solution d’autant plus pressante.
Bien que le président Faustin Touadéra ait présenté un bilan globalement positif de ses deux mandats lors de son investiture le 30 mars 2026, tout en reconnaissant des défis majeurs, Martin Ziguélé maintient qu’un véritable redressement ne pourra s’opérer sans une consultation large et inclusive. Selon lui, seule l’implication de toutes les forces vives de la nation permettra d’engager les réformes essentielles au développement et à la stabilité de la Centrafrique.