Quatre attaques simultanées du JNIM dans la région de Mopti
Le 19 juillet dernier, la région de Mopti a été secouée par une série d’attaques coordonnées attribuées au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), filiale d’Al-Qaïda au Sahel. Ces assauts, revendiqués par le groupe via ses canaux de propagande habituels, visaient des positions des Forces armées maliennes (FAMa), des mercenaires russes d’Africa Corps et des milices locales. Trois engins explosifs improvisés (IED) ont explosé dans le cercle de Douentza, ciblant un convoi logistique, un camion militaire et un détachement de soldats à moto. À Kansila, une attaque directe a coûté la vie à trois membres des milices Dozo, des chasseurs traditionnels alliés aux autorités de Bamako.
Bilan désastreux de la transition malienne
Cinq ans après le coup d’État du colonel Assimi Goïta, le Mali traverse une crise sécuritaire et humanitaire sans précédent. Les promesses de restauration de la souveraineté nationale se heurtent à une réalité accablante : les violences ont explosé, avec un doublement, voire un triplement des victimes dans certaines zones. Les statistiques, compilées par des observatoires indépendants, révèlent aussi une multiplication des acteurs armés, une escalade des tensions interethniques et une intensification des attaques terroristes, notamment via des IED et des embuscades.
Les communautés locales paient un lourd tribut. Selon les Nations Unies, plus de 400 000 Maliens ont été déplacés en interne, fuyant à la fois les exactions des groupes djihadistes et les répercussions des opérations militaires. Plusieurs localités, coupées du monde par des blocus imposés par le JNIM ou l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), subissent une précarité alimentaire aiguë. L’acheminement de l’aide humanitaire est rendu impossible, aggravant une crise humanitaire déjà critique.
Africa Corps : un partenaire militaire inefficace
Pour remplacer les forces françaises et la mission onusienne, Bamako a misé sur Moscou, recrutant des centaines de paramilitaires russes sous la bannière d’Africa Corps, une structure adossée au ministère russe de la Défense. Pourtant, ce partenariat s’avère désastreux. Sur le plan militaire, Africa Corps n’a pas réussi à inverser la tendance : les pertes sont régulières, et les effectifs insuffisants pour mener une contre-insurrection efficace. Pire, des accusations d’exactions contre les civils, comme lors du massacre de Moura, alimentent un ressentiment local qui profite aux insurgés, se présentant comme des protecteurs face à l’oppression.
La stratégie russe, axée sur la force brute, a également exacerbé les divisions communautaires. Les populations, traquées par les exactions des mercenaires et des groupes armés, se tournent massivement vers les djihadistes, renforçant leur emprise territoriale.
L’aviation malienne, un atout qui tourne au cauchemar
Face au manque de troupes au sol, Bamako a massivement investi dans des moyens aériens, achetant drones et hélicoptères auprès de la Russie et de la Turquie. Ces appareils ont permis des frappes spectaculaires en début de campagne. Cependant, cette approche montre aujourd’hui ses limites. La maintenance des aéronefs, dépendante de pièces détachées russes, est défaillante : plusieurs avions et hélicoptères ont été perdus lors de crashs ou abattus par les rebelles. Par ailleurs, les groupes terroristes ont adapté leurs tactiques, se fondant dans les populations ou utilisant un couvert végétal dense pour échapper aux frappes, rendant ces dernières inefficaces, voire meurtrières pour les civils.
Transition militaire : l’impasse d’une stratégie sans issue
Les attaques du 19 juillet ne sont que la partie émergée d’un iceberg : la stratégie du « tout-militaire » du gouvernement malien a atteint ses limites. En rompant les canaux de dialogue, en s’aliénant les partenaires régionaux et en s’appuyant sur des mercenaires plus préoccupés par l’exploitation des ressources que par la stabilisation du pays, Bamako s’est enfermé dans une impasse. Sans une approche globale intégrant la gouvernance, le rétablissement des services publics et la protection des civils, le Mali risque de voir son territoire se réduire comme peau de chagrin, sous la pression d’un djihadisme sahélien en pleine expansion.