Mali : 514 milliards FCFA aux forces russes, des conséquences directes sur le quotidien des Maliens

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Un fardeau financier qui pèse sur les ménages maliens

La facture liée à la présence des forces paramilitaires russes au Mali, d’abord incarnée par le groupe Wagner puis par Africa Corps sous tutelle du Kremlin, atteint des niveaux qui dépassent l’entendement. Selon des estimations convergentes et des fuites financières dans la sous-région, plus de 514 milliards de francs CFA (environ 850 millions de dollars) auraient déjà été versés à ces contingents. Un montant colossal qui, dans un contexte de sanctions internationales et de ralentissement économique, réduit d’autant les marges de manœuvre de l’État malien. Pour les citoyens, cela signifie moins de moyens pour les hôpitaux, les écoles et l’électricité, alors que les besoins sociaux explosent.

Le coût faramineux d’un mercenaire russe

Depuis le déploiement initial fin 2021, la note n’a cessé de grimper. Le contrat de base prévoyait environ 6 milliards de FCFA par mois (10 millions de dollars). Mais avec l’élargissement du contingent à plus de 2 000 hommes, l’achat d’équipements spécialisés et la logistique, les dépenses ont explosé. Chaque combattant ou instructeur russe coûte en moyenne 10 000 dollars par mois à l’État malien :

  • Salaire direct du mercenaire : environ 3 000 dollars mensuels.
  • Frais d’encadrement, d’équipement et primes de combat : près de 7 000 dollars supplémentaires perçus par les structures de commandement russes.

À titre de comparaison, la prise en charge d’un soldat des Forces Armées Maliennes (FAMA) sur le terrain représente une fraction infime de cette somme. Une disparité qui alimente des rancœurs feutrées au sein des casernes.

Des contreparties minières qui hypothèquent l’avenir

Pour faire face à cette charge écrasante, les autorités de la transition ont multiplié les canaux de paiement. Outre les règlements bancaires via des circuits sécurisés, une part significative du coût est couverte par la concession de titres d’exploitation minière, notamment dans les gisements d’or du Sud et de l’Ouest. La restructuration récente sous le label Africa Corps, contrôlé par le ministère russe de la Défense, n’a pas allégé la facture. La montée en puissance prévue des effectifs à 3 500 hommes pourrait faire grimper la facture annuelle de plus de 210 milliards de FCFA supplémentaires. Autant de ressources qui échappent au développement économique et aux services de base.

Quel bilan sécuritaire pour les Maliens ?

Si la présence russe a permis des opérations spectaculaires, comme la reprise symbolique de Kidal fin 2023, le coût budgétaire interroge les analystes au vu de la dégradation persistante du contexte sécuritaire. Les axes routiers vitaux subissent des blocus réguliers, le centre du pays demeure sous la pression intense des groupes affiliés au JNIM, et l’armée malienne subit des pertes régulières lors d’embuscades complexes. Pour les citoyens, l’insécurité continue de perturber les déplacements, l’accès aux marchés et aux services publics, tandis que les ressources sont détournées vers des dépenses militaires opaques.

Une dépendance qui enferme l’économie malienne

Pour de nombreux observateurs économiques à Bamako, l’affectation de plus de 514 milliards de FCFA à des gardes prétoriennes et mercenaires étrangers prive les services publics essentiels — électricité, santé, éducation — de ressources vitales. Cette situation enferme le gouvernement de transition dans une dépendance financière et sécuritaire totale vis-à-vis de Moscou. À terme, c’est toute l’économie malienne qui risque de s’asphyxier, avec des conséquences directes sur l’emploi, le pouvoir d’achat et la souveraineté nationale.

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Boureima Ouédraogo

Journaliste