Malgré l’intégration du Train Express Régional (TER), l’essence même des gares centenaires de Dakar et de Rufisque a été méticuleusement préservée. Cette démarche délibérée vise à sauvegarder un patrimoine historique précieux, désormais reconnu et mis en valeur au Sénégal.
Érigée en 1914, la gare de Dakar a longtemps constitué le pôle névralgique du réseau ferroviaire Dakar-Niger. Bien avant l’indépendance, elle incarnait déjà le dynamisme économique et les échanges commerciaux cruciaux de l’Afrique occidentale française. La gare de Rufisque partageait un destin similaire, se positionnant comme un carrefour stratégique pour le commerce de l’arachide, reliant le port aux régions intérieures du pays.
Après des décennies de déclin ferroviaire au profit du transport routier, ces deux édifices emblématiques ont retrouvé une nouvelle jeunesse grâce au lancement du projet TER en 2019.
Aujourd’hui, leurs murs imprégnés d’histoire continuent de captiver les résidents, les voyageurs et les visiteurs. Pour beaucoup, ces gares transcendent leur fonction utilitaire pour incarner un héritage culturel à léguer aux futures générations sénégalaises.
Pour Amadou Diallo, un habitant de Dakar, la conservation de cette architecture originelle est primordiale pour maintenir la mémoire collective. Il perçoit ces infrastructures comme de véritables livres d’histoire à ciel ouvert. «En laissant telle quelle l’architecture de la gare de Dakar, on cherche à sauvegarder un patrimoine. Comme vous le savez sans doute, l’UNESCO a retenu certaines infrastructures datant d’avant les indépendances, comme les gares de Dakar et de Rufisque, pour en faire des patrimoines historiques classés. C’est ce qui explique leur aspect d’antan, et c’est une bonne chose pour nos enfants nés après les indépendances de savoir que cette gare est un patrimoine.»
Moustapha Fall, un voyageur assidu, partage cet avis. Il estime que la splendeur architecturale de ces gares représente désormais une attraction à part entière. Entre récit historique et esthétisme, les bâtiments continuent de fasciner les visiteurs. «Je trouve que c’est bien parce que cela date de l’époque coloniale. Il y a certes des réaménagements et même des reconstructions par endroits, mais l’architecture est sauvegardée et cela nous renseigne sur le mode de vie et de construction des anciens. La gare est magnifique et symbolique, et certaines personnes viennent ici juste pour prendre des photos.»
Classées parmi les monuments historiques du Sénégal, les gares de Dakar et de Rufisque symbolisent désormais le dialogue harmonieux entre le passé et la modernité. Le Vieux Rufisque, en particulier, figure sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2005, attestant de la valeur exceptionnelle de ce patrimoine urbain et architectural.
Selon Victor Hugo Manga, un autre voyageur, cette préservation est essentielle pour forger un lien entre les anciennes et les nouvelles générations, à l’heure où les infrastructures connaissent une modernisation rapide. «Tous ceux qui passent par ici quotidiennement, résidents comme étrangers, découvrent ce joyau ancestral et peuvent en demander l’histoire. Aujourd’hui, avec l’arrivée du TER, c’est une bonne chose de laisser ce pan de notre histoire pour permettre aux enfants et aux élèves de savoir comment vivaient leurs grands-parents et de se rendre compte de toute l’évolution qui a été accomplie.»
Ainsi, entre l’efficacité contemporaine du TER et le charme intemporel de leurs bâtisses centenaires, les gares de Dakar et de Rufisque continuent de traverser les époques, gardant intacte leur identité. Plus que de simples points de transit, elles demeurent les gardiennes silencieuses d’une mémoire collective que le Sénégal s’efforce de perpétuer.