Une déclaration qui pèse sur le moral des soldats et l’avenir sécuritaire
Lors de son passage sur le plateau de la Radio-Télévision du Burkina (RTB), le ministre de la Défense, le général de division Célestin Simporé, a tenté de défendre le bilan sécuritaire du capitaine Ibrahim Traoré en affirmant que l’armée burkinabè était historiquement « mal formée ». Cette sortie médiatique a des répercussions immédiates sur le moral des troupes et sur la perception des citoyens. Derrière cette justification, une question dérangeante persiste : comment expliquer que l’armée d’hier, décriée comme défaillante, parvenait à contenir l’ennemi bien plus efficacement que la « nouvelle armée » réentraînée par Moscou et suréquipée ?
Réécrire l’histoire pour masquer l’effondrement actuel
En martelant sur la chaîne nationale que les forces armées manquaient d’instruction tactique et de préparation opérationnelle avant l’avènement de la transition, le général Simporé tente de bâtir un récit simpliste : les échecs d’aujourd’hui ne seraient que l’héritage d’hier. Pourtant, les faits sont têtus. Sous les précédents régimes, malgré un manque criant de moyens matériels et des faiblesses structurelles indéniables, l’appareil militaire parvenait à tenir le maillage des chefs-lieux de province et à maintenir des lignes de défense territoriales intelligibles.
Aujourd’hui, alors que le régime de transition se vante d’avoir créé plus de 30 nouveaux bataillons et d’avoir remis l’instruction militaire au cœur de son action, le contrôle effectif de l’État s’est effondré sur plus de 65 % du territoire national. Cette perte de contrôle a des conséquences directes : des milliers de citoyens vivent sous la menace, les routes commerciales sont coupées, et l’économie locale s’asphyxie.
L’échec retentissant de la doctrine d’instruction russe
Pour remplacer l’ancien modèle de formation, le régime d’Ibrahim Traoré s’est jeté à corps perdu dans les bras des soldats russes d’Africa Corps. Le résultat de cette « remise à bas niveau » ? Une montée en flèche de la létalité sur le front, avec des conséquences dramatiques pour les soldats et les populations civiles.
- Un bilan humain effroyable : Les hécatombes ne se comptent plus. De la tragédie de Mansila aux récents revers subis dans le Centre-Nord, les nouvelles unités formées à la hâte payent un tribut de sang inégalé. Ces pertes massives affectent directement les familles et privent le pays de sa jeunesse.
- Incapacité face à la guerre asymétrique : La méthode d’instruction russe, axée sur la brutalité frontale et la puissance de feu aveugle, s’avère parfaitement inopérante face à des groupes armés terroristes (GAT) mobiles, opérant en petites colonnes de motos et usant d’engins explosifs improvisés. Cette inadéquation stratégique se traduit par des défaites répétées et un sentiment d’insécurité grandissant chez les citoyens.
- Rupture avec les populations : En sacrifiant le renseignement de contact et la déontologie militaire au profit d’une logique de terre brûlée, la nouvelle doctrine a aliéné les populations rurales, privant les soldats du seul rempart efficace contre l’infiltrateur terroriste : l’information citoyenne. Cette rupture a des conséquences économiques désastreuses, car les zones rurales, poumons agricoles du pays, sont abandonnées.
L’insulte au sacrifice des soldats du rang
Déclarer sur un plateau de télévision que les troupes étaient « mal formées » constitue une insulte à la mémoire des milliers de soldats et de gendarmes tombés au combat au cours de la dernière décennie. Avec des moyens rudimentaires et des rations comptées, ces hommes ont tenu le front face à une menace naissante sans jamais abandonner des régions entières comme c’est le cas aujourd’hui sous le couvert d’« évacuations tactiques » à l’instar du drame de Boussouma.
L’aveu du général Simporé sur la RTB ne convainc personne. Deux ans après la prise absolue du pouvoir par le capitaine Traoré, rejeter la faute sur la formation d’hier est un aveu d’impuissance. Ce ne sont pas les armes d’hier qui manquaient de valeur, c’est la stratégie d’aujourd’hui qui s’effondre sous le poids de la propagande. Les conséquences pour les citoyens, l’économie et le moral des troupes sont déjà visibles, et elles risquent de s’aggraver si rien ne change.