Iyad Ag Ghaly : une prime exceptionnelle pour mettre fin à ses actions terroristes au Mali
Le gouvernement malien a lancé un appel sans précédent à la population pour traquer les principaux responsables des violences terroristes qui secouent le pays. Dans un communiqué diffusé jeudi par la télévision d’État, les autorités ont annoncé des récompenses financières substantielles pour toute information menant à l’arrestation d’Iyad Ag Ghaly, figure emblématique du djihadisme sahélien, ainsi que de six autres individus impliqués dans des attaques meurtrières.
Cette initiative exceptionnelle s’inscrit dans le cadre d’une stratégie renforcée de lutte contre les groupes armés qui menacent l’intégrité du territoire et la stabilité du Mali. Les autorités appellent les citoyens à jouer un rôle actif dans cette traque en collaborant avec les forces de défense et de sécurité.
Des primes record pour des cibles prioritaires
Le communiqué du ministère de la Sécurité et de la Protection civile, signé par le général Daoud Aly Mouhammedine, détaille les montants alloués pour chaque personne recherchée, reflétant l’urgence et la gravité de la situation. Voici les cibles prioritaires et les récompenses associées :
- Iyad Ag Ghaly (chef du JNIM/GSIM) : 2 milliards de francs CFA
- Amadou Koufa (chef de la katiba Macina) : 1,5 milliard de francs CFA
- Abdoulaye Mohamed (Habib) (katiba Macina) : 1,5 milliard de francs CFA
- Algabas Ag Intallah (Front de libération de l’Azawad) : 1 milliard de francs CFA
- Ghita, Bilal Chérif et Abderrahmane Al Banna (Front de Libération de l’Azawad) : 500 millions de francs CFA chacun
Un contexte marqué par des attaques dévastatrices
Ces mesures exceptionnelles interviennent moins de deux mois après les attaques coordonnées des 25 avril dernier, menées conjointement par des éléments du JNIM et des séparatistes du Front de libération de l’Azawad (FLA). Ces assauts ont causé la mort du ministre malien de la Défense, Sadio Camara, et ont profondément ébranlé la confiance de la population dans la capacité des autorités à garantir leur sécurité.
Les autorités maliennes ont justifié cette décision par la nécessité de préserver la sécurité nationale et de lutter contre le terrorisme sous toutes ses formes. Le communiqué précise que les récompenses seront versées à toute personne fournissant des « informations fiables, pertinentes et exploitables » permettant l’arrestation ou la neutralisation des individus recherchés.
Portrait d’Iyad Ag Ghaly : l’homme qui défie Bamako
Né en 1958 à Boghassa, dans la région de Kidal, Iyad Ag Ghaly est une figure incontournable des conflits qui déchirent le nord du Mali depuis des décennies. Son parcours, marqué par des alliances changeantes et une radicalisation croissante, en fait l’un des personnages les plus redoutés du Sahel.
Dans les années 1970, il s’engage aux côtés du colonel Kadhafi en Libye, participant à des conflits au Liban et au Tchad. De retour au Mali au début des années 1990, il fonde le Mouvement populaire pour la libération de l’Azawad (MPLA) et lance une rébellion touarègue contre l’État malien. Après des années de combat, il signe en 1992 un protocole de paix qui met fin à cette première insurrection.
Cependant, son engagement se tourne progressivement vers l’islamisme radical. En 2007, il se rapproche du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), ancêtre d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). En 2012, il fonde Ansar Dine, un groupe salafiste djihadiste qu’il aligne sur AQMI. Cinq ans plus tard, il devient le leader du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), une coalition de groupes djihadistes maliens affiliés à Al-Qaïda.
Selon le Timbuktu Institute, Iyad Ag Ghaly est désormais considéré comme « l’homme le plus recherché du Sahel et la plus grande menace pour le gouvernement malien ». Ses méthodes ont évolué : au lieu de se limiter à des affrontements directs avec l’armée, il privilégie désormais des attaques économiques visant à asphyxier les grandes villes, notamment Bamako, en coupant les routes d’approvisionnement et en sabotant les infrastructures essentielles.
« Il ne cherche plus seulement à combattre l’armée sur le terrain, mais à rendre la vie impossible aux habitants pour affaiblir le pays de l’intérieur », explique le think tank. Son objectif ? « Isoler le régime actuel et provoquer sa chute, sans pour autant prendre le pouvoir ». Une stratégie qui force Bamako à revoir en urgence ses dispositifs de protection.
Il est également visé par un mandat d’arrêt international de la Cour pénale internationale (CPI) pour des crimes contre l’humanité et de guerre commis entre 2012 et 2013. Affilié à Al-Qaïda, le JNIM qu’il dirige reste l’un des groupes djihadistes les plus actifs au Sahel, opérant en Mali, au Niger et au Burkina Faso.