Interdiction des rassemblements en RDC : entre urgence sanitaire et tensions politiques

Le gouvernement de la République démocratique du Congo a pris la décision d’interdire tout rassemblement public à Kinshasa ainsi que dans trois autres provinces. Cette mesure, officiellement motivée par la nécessité de freiner la propagation de l’épidémie d’Ebola, survient dans un climat particulièrement instable, à quelques jours d’une mobilisation de l’opposition prévue le mercredi 8 juillet.

En RDC, les rassemblements interdits pour contrer Ebola, une semaine avant une manifestation contre Félix Tshisekedi

Une réponse sanitaire face à la 17e épidémie d’Ebola

Depuis le 15 mai, la RDC fait face à sa dix-septième vague épidémique du virus Ebola. Le dernier bilan fait état de 360 décès pour 1 274 cas enregistrés. Bien que l’épicentre se situe dans le nord-est du pays, les autorités craignent une arrivée du virus dans la capitale, Kinshasa, qui abrite plus de 17 millions d’habitants.

Dans une directive transmise aux responsables locaux, le ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a ordonné la suspension des attroupements de masse pour limiter les risques de contamination. Si le texte met en avant la sécurité sanitaire, il ne mentionne pas explicitement la manifestation politique attendue dans la capitale.

Un climat politique sous haute tension

Cette interdiction survient alors que la scène politique congolaise est marquée par de vives contestations. L’opposition dénonce un projet de loi visant à organiser un référendum pour réviser la Constitution. Cette réforme est perçue par les détracteurs du pouvoir comme une manœuvre permettant à Félix Tshisekedi, à la tête du pays depuis 2019, de briguer un troisième mandat, ce que la loi fondamentale actuelle interdit.

Le texte a déjà été adopté à la mi-juin par un Parlement largement acquis à la cause présidentielle et n’attend plus que sa promulgation officielle.

Des précédents de violences urbaines

La tension est montée d’un cran après les événements du 12 juin. Un rassemblement contre ce qu’ils qualifient de « coup d’État constitutionnel » avait été réprimé avec force à Kinshasa. Ces heurts entre forces de l’ordre, partisans du gouvernement et opposants avaient causé plusieurs blessés et entraîné la mort d’au moins un manifestant.

Malgré les nouvelles restrictions sanitaires, les leaders de l’opposition maintiennent leur appel à descendre dans la rue le 8 juillet pour exiger le départ du président. De son côté, le ministre Jacquemain Shabani a fermement condamné cette initiative, la qualifiant d’acte de haute trahison.