L’utilisation des fonds de développement européens pour l’acquisition de bus chinois à Dakar soulève des questions cruciales sur l’impact économique local au Sénégal. Pour certains décideurs, l’origine de l’investissement importe moins que les retombées concrètes sur le marché du travail national.
La priorité au développement de la main-d’œuvre sénégalaise
Le débat s’intensifie autour d’un appel d’offres de plus de 300 millions d’euros destiné à moderniser les infrastructures de transport de la capitale sénégalaise. Alors qu’une entreprise liée à l’État chinois semble en passe de remporter le contrat, l’essentiel réside désormais dans la formation et l’embauche de travailleurs locaux.
L’objectif principal doit être l’émergence d’une main-d’œuvre qualifiée et la création d’une véritable valeur ajoutée sur le continent. Dans cette optique, l’accord conclu entre le Sénégal et la Chine pour l’implantation d’une usine d’assemblage d’autobus sur le sol sénégalais représente un levier de développement significatif.
Tant que le soumissionnaire s’engage à recruter du personnel local, le choix du partenaire industriel devient secondaire par rapport au bénéfice social attendu pour les citoyens.
Un duel économique entre l’Europe et la Chine
Cette situation crée des remous au sein des instances internationales, où certains s’étonnent de l’attribution de fonds européens à un concurrent chinois. Toutefois, la réalité économique impose ses propres règles : l’offre chinoise, portée par le groupe CRRC, serait inférieure de plus de 50 % à celle de son unique rival européen, Scania.
Face à cet écart de prix, exiger que les autorités sénégalaises doublent leur investissement pour favoriser un constructeur européen semble difficilement défendable. L’enjeu est donc de trouver un équilibre entre le soutien financier extérieur et les besoins réels du pays.
Vers une préférence pour la production locale
Plutôt que de prôner une préférence strictement européenne dans les projets d’aide au développement, une nouvelle approche suggère de privilégier systématiquement la production locale. Cette stratégie permettrait de favoriser les produits africains et de renforcer l’autonomie industrielle du Sénégal.
En fin de compte, le succès de ce projet de transport urbain à Dakar ne se mesurera pas seulement à la qualité des véhicules mis en circulation, mais surtout à sa capacité à intégrer durablement les travailleurs sénégalais dans une filière d’excellence, répondant ainsi aux aspirations de souveraineté économique du pays.