Gabon : les promesses économiques de la visite présidentielle à Paris sous le feu des attentes populaires

Économie

Gabon : les promesses économiques de la visite présidentielle à Paris sous le feu des attentes populaires

Libreville, juillet 2026 – La visite officielle du président Brice Clotaire Oligui Nguema en France, du 19 au 22 juillet, a marqué les esprits par son faste diplomatique. Cependant, derrière les cérémonies et les échanges protocolaires se cache une ambition plus concrète : obtenir des avancées économiques tangibles pour le Gabon.

Après les signatures de protocoles et les rencontres avec des dirigeants d’entreprises françaises, l’heure est désormais au suivi. Les Gabonais s’interrogent : quelles retombées réelles cette mission peut-elle générer pour leur quotidien ?

Une délégation de plus de 80 personnes, incluant des acteurs clés du secteur privé gabonais, a participé à ces discussions. Parmi les interlocuteurs français identifiés, plusieurs figures majeures ont été reçues par le chef de l’État. Les dossiers abordés couvrent des secteurs stratégiques pour l’avenir du pays.

Des partenariats aériens à renforcer

Dès son arrivée en France, le président gabonais a rencontré Anne Rigail, directrice générale d’Air France. Le partenariat entre les deux compagnies aériennes, déjà actif, pourrait évoluer vers un accord de partage de codes avant la fin de l’année. Si ce projet aboutit, Fly Gabon pourra commercialiser des billets vers Paris sous son propre code.

Bien qu’aucun accord final n’ait été signé lors de cette rencontre, l’enjeu est de taille. Une meilleure connectivité aérienne favoriserait non seulement le tourisme et les échanges commerciaux, mais aussi l’attractivité du Gabon pour les investisseurs et les talents.

Manganèse : vers une transformation locale ambitieuse

Le dossier minier a occupé une place centrale lors des échanges à l’Élysée. Eramet et sa filiale Comilog ont présenté un protocole axé sur la transformation locale du manganèse. Sous l’impulsion de Christel Bories, présidente du groupe, une feuille de route a été élaborée en collaboration avec les autorités gabonaises.

L’objectif affiché est impressionnant : traiter jusqu’à 700 000 tonnes de minerai localement d’ici 2031. Plusieurs scénarios sont à l’étude, incluant la création d’un fonds « Fabriqué au Gabon » et le développement d’une filière de biocharbon.

Il est crucial de souligner qu’il s’agit pour l’instant d’un cadre de travail. La transformation effective du manganèse dépendra des études complémentaires, des financements mobilisés et des décisions d’investissement prises dans les mois à venir.

Booué : l’énergie comme levier de développement

Un autre projet stratégique a été évoqué lors de la visite : l’aménagement hydroélectrique de Booué. Porté par l’État gabonais, EDF Power Solutions et Gabon Power Company, ce projet vise une capacité de 400 mégawatts.

Le Gabon dispose d’un potentiel hydroélectrique sous-exploité, alors que la demande nationale dépasse actuellement la production, estimée à 700 mégawatts. L’accord signé à Paris marque une première étape, mais un accord de développement devra être finalisé d’ici le 31 octobre. Des réunions mensuelles permettront d’avancer sur ce dossier.

Parallèlement, le Consortium Omega, spécialisé dans les infrastructures d’eau et d’électricité, a également été reçu par le président gabonais. L’amélioration de l’accès aux réseaux figure parmi les priorités du gouvernement.

La communication officielle a évoqué des avancées dans plusieurs domaines : mines, eau, énergie, sécurité et investissements. Cependant, les montants précis et les détails de certains engagements restent à préciser. Cette prudence alimente logiquement les attentes des citoyens.

Le temps des preuves est venu

La visite présidentielle a permis d’identifier des partenaires, de fixer des échéances et de lancer plusieurs projets. Air France pour la connectivité, Eramet et Comilog pour la transformation minière, EDF Power Solutions et Gabon Power Company pour l’énergie, ou encore le Consortium Omega pour les infrastructures : les bases sont posées.

Pour les Gabonais, l’essentiel reste à venir. Ils attendent des emplois, une énergie plus accessible, des réseaux d’eau améliorés, une meilleure mobilité et une valeur ajoutée produite localement. C’est sur ces critères que la visite sera jugée.

Les prochains rendez-vous seront scrutés avec attention : l’accord aérien attendu avant la fin de l’année, le calendrier de Booué et l’évolution de la feuille de route sur le manganèse. La diplomatie économique ne se mesure pas au nombre de signatures, mais à sa capacité à transformer le quotidien.