Un courrier de plus sur le bureau de Faure Essozimna Gnassingbé. Le 29 septembre, à Lomé, le chef de l’État togolais a reçu Floribert Anzuluni, ministre congolais de l’Intégration régionale, venu remettre un message écrit de Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Derrière ce geste protocolaire se dessine une réalité plus révélatrice : la médiation de l’Union africaine, confiée au président togolais depuis avril 2025, reste un chantier ouvert, et Kinshasa cherche manifestement à en accélérer le cours.
Un message spécial porteur d’une urgence diplomatique
« Nous avons été envoyés auprès du président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, afin de lui transmettre un message spécial du président de la République démocratique du Congo », a expliqué Floribert Anzuluni à sa sortie d’audience. Ce message, précise-t-il, concerne « le processus de paix dans l’Est de la RDC », dossier dans lequel le chef de l’État togolais intervient en qualité de médiateur de l’Union africaine.
La formulation employée n’est pas anodine. En recourant à un émissaire de rang ministériel plutôt qu’à la voie diplomatique ordinaire, Kinshasa signale que le sujet figure au sommet de ses priorités. Le courrier officiel devient dès lors un instrument de pression autant qu’un canal de communication.
Ce que révèle le point sur la démobilisation
L’audience a également permis aux émissaires congolais de dresser un état des lieux des avancées obtenues par les autorités de Kinshasa « en matière de démobilisation des mouvements afin de permettre la consolidation de la paix » dans l’Est du pays. Ce volet, souvent relégué au second plan des communiqués officiels, constitue pourtant la clé de voûte de toute sortie de crise durable.
Un contexte sécuritaire qui se dégrade depuis fin 2021
La région connaît de nouveaux bruits de botte depuis fin 2021, ce qui explique l’insistance mise sur les mécanismes de désengagement des combattants. Sans démobilisation effective, les cessez-le-feu successifs demeurent fragiles et réversibles.
Gnassingbé, médiateur de l’Union africaine depuis avril 2025
Depuis avril 2025, Faure Gnassingbé conduit cette mission de médiation de l’Union africaine pour la résolution de la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC et dans la région des Grands Lacs. Il a succédé au médiateur angolais, dans un contexte où la communauté internationale cherche à relancer un processus d’apaisement qui patine.
Deux défis majeurs : cessez-le-feu durable et stabilisation régionale
L’obtention d’un cessez-le-feu durable et la stabilisation à long terme de la région des Grands Lacs restent les deux obstacles majeurs auxquels se heurtent les artisans de la paix. Ces objectifs résistent aux efforts déployés depuis de longs mois, malgré l’existence de plusieurs cadres de négociation parallèles.
Doha et Washington : des médiations qui n’ont pas suffi
Le processus de paix de Doha, sous médiation qatarie, et celui de Washington, sous médiation américaine, n’ont pas permis de venir à bout de la crise. Cette situation explique en partie pourquoi Kinshasa revient vers Lomé : la médiation de l’Union africaine apparaît comme un canal complémentaire, voire comme une alternative, face à l’enlisement des autres initiatives.
Le courrier remis le 29 septembre s’inscrit donc dans une stratégie plus large. En relançant Faure Gnassingbé, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo ne se contente pas de respecter un protocole diplomatique : il tente de réactiver un levier de négociation dont l’efficacité reste, à ce stade, difficile à mesurer.