crise politique au Sénégal : quand l’amitié entre Faye et Sonko se brise
Le 22 mai dernier, le Premier ministre Ousmane Sonko a été démis de ses fonctions, plongeant le Sénégal dans une crise politique inédite. Ce limogeage, perçu comme une rupture brutale, intervient après des mois de tensions entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien allié, tous deux héritiers d’une même vision politique.
Une alliance née dans les amphis et forgée dans l’adversité
Faye et Sonko se sont rencontrés dès leurs années d’études, puis ont suivi une trajectoire parallèle : inspection des impôts, création du PASTEF en 2014, et une amitié indéfectible qui a traversé les épreuves. Leur victoire électorale de mars 2024, après une campagne éclair sous le slogan « Diomaye mooy Sonko, Sonko mooy Diomaye », semblait sceller leur destin commun. Pourtant, c’est bien Sonko, figure charismatique et porteur d’un projet de rupture, qui a mobilisé les foules et offert à Faye son ticket vers la présidence.
Mais derrière les sourires de la victoire se cachait une réalité plus complexe : Sonko, déjà bien installé dans le paysage politique depuis 2019, était perçu comme le véritable stratège de l’alternance. Faye, lui, devait son élection à la popularité de son mentor, un paradoxe qui n’a pas tardé à peser sur leur relation.
Les tandems politiques sénégalais : une histoire de trahisons annoncées ?
L’histoire politique du Sénégal regorge d’exemples où des alliances autrefois solides se sont effritées sous la pression du pouvoir. Que ce soit entre Senghor et Dia, Diouf et Niasse, ou encore Wade et Seck, les tandems sénégalais ont rarement survécu à l’épreuve du temps. La chute de Sonko s’inscrit-elle dans cette tradition ?
Les dissensions entre Faye et Sonko se sont cristallisées autour de plusieurs enjeux : le rythme des réformes, la gestion des figures de l’ancien régime, et surtout, la stratégie économique. Sonko, soucieux de marquer une rupture avec les institutions internationales, a multiplié les prises de position radicales, tandis que Faye, contraint par les réalités du pouvoir, a adopté une approche plus pragmatique. Leur divergence s’est officiellement révélée lors du « Tera Meeting » du 8 novembre 2025, un rassemblement spectaculaire qui a rappelé à tous qui détenait le capital politique.
L’ombre des entourages et la montée des tensions
Les observateurs s’accordent à dire que les entourages jouent un rôle clé dans les conflits de pouvoir. En confiant un rôle central à Aminata (Mimi) Touré, ancienne Première ministre controversée de Macky Sall, Faye a envoyé un signal clair : il entendait se détacher de l’influence de Sonko. Une décision qui a été interprétée comme une déclaration de guerre par les partisans du Premier ministre déchu.
Depuis des mois, les rancœurs s’accumulaient. Sonko, conscient de sa popularité, n’a pas hésité à rappeler publiquement ce qu’il devait à son protégé. Faye, de son côté, cherchait à affirmer sa légitimité, celle d’un président élu sans l’étiquette du PASTEF, mais porté par l’espoir d’une nouvelle génération.
Et maintenant ? Le pays entre incertitudes et défis sociaux
Le limogeage de Sonko a ouvert une crise institutionnelle sans précédent : un président privé de son principal soutien parlementaire, face à une Assemblée nationale désormais contrôlée par son ancien allié. Les scénarios les plus sombres circulent déjà : destitution, blocage politique, ou pire, une crise sociale exacerbée par l’incapacité à répondre aux attentes des citoyens.
Car au-delà des luttes de pouvoir, le Sénégal reste confronté à des défis majeurs : l’emploi des jeunes, la santé, le pouvoir d’achat, et la réforme des services publics. Deux ans après l’alternance, les promesses de campagne peinent à se concrétiser, nourrissant un mécontentement croissant. La population, elle, paiera-t-elle le prix de cette guerre fratricide ?
La question mérite d’être posée, car une chose est sûre : le Sénégal n’avait pas besoin de ça.