Une offensive coordonnée marque un tournant sécuritaire au Mali
Le 25 avril 2026, le Jama’a Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin (JNIM) et le Front de Libération de l’Azawad (FLA) ont lancé une série d’attaques simultanées à travers le Mali. Bamako, Kati, Kidal, Gao et Sévaré ont été frappés, révélant l’ampleur des failles d’un modèle sécuritaire dépendant de soutiens extérieurs. Cette offensive, inédite depuis 2012, illustre une escalade majeure de l’insécurité et un épuisement des stratégies militaires traditionnelles.
Bamako sous pression : une guerre d’usure aux conséquences régionales
Depuis 2020, le JNIM a étendu son influence des zones rurales vers les régions centrales et occidentales du Mali, autrefois épargnées. Son objectif ? Affaiblir la junte en ciblant ses infrastructures et en perturbant les approvisionnements, notamment en carburant, essentiels à la survie économique de Bamako. Cette stratégie, combinée à une série d’attaques contre les Forces armées maliennes (FAMA), a déjà provoqué des revers significatifs pour le pouvoir en place.
Avec une capacité estimée entre 5 000 et 6 000 combattants, le JNIM mise sur une guerre d’usure plutôt que sur une prise militaire directe de Bamako. Bien que la capitale reste protégée par ses forces et infrastructures, les attaques répétées contre l’aéroport international Modibo Keïta et les bases militaires à Tombouctou ou Kayes montrent une volonté de fragiliser le régime. Le groupe a également développé une administration parallèle dans les zones sous son contrôle, proposant une alternative de gouvernance basée sur la charia et la régulation économique.
Cette pression croissante sur Bamako ne se limite pas aux frontières maliennes. Le JNIM étend son influence vers les pays côtiers du golfe de Guinée, comme le Bénin, le Togo et le Nigeria, exacerbant les risques de contagion régionale. Une junte affaiblie pourrait offrir un sanctuaire plus large au groupe, intensifiant ainsi ses opérations transfrontalières.
La reprise de Kidal : un revers stratégique pour la junte et son allié russe
Parmi les cibles de l’offensive du 25 avril, Kidal occupe une place centrale. Cette ville, symbole des tensions entre djihadistes et rebelles touaregs depuis 2012, avait été reprise par les FAMA en 2023 avec l’appui du groupe Wagner, aujourd’hui remplacé par l’Africa Corps. Sa chute marque un tournant : c’est la première fois depuis 2013 que Kidal repasse sous le contrôle des groupes armés. Les forces russes ont dû se retirer, fragilisant le narratif de souveraineté et de sécurité promu par la junte depuis son arrivée au pouvoir.
Cette perte stratégique s’inscrit dans une dynamique plus large. Le JNIM et le FLA, malgré leurs divergences idéologiques, ont trouvé un terrain d’entente face à un ennemi commun : la junte malienne et son partenariat avec Moscou. Des négociations opportunistes, évoquées dès fin 2024, ont permis cette collaboration tactique. Cependant, leur durabilité reste incertaine, notamment face aux tensions persistantes entre Touaregs autonomistes et djihadistes.
Le 28 avril, le JNIM a annoncé le début d’un « siège total » de Bamako, exigeant le départ des forces russes. Le porte-parole du groupe, Mohamed Ramadane, a déclaré que le régime allait tomber et que les villes de Gao, Tombouctou et Ménaka seraient « libérées ». Une rhétorique maximaliste qui laisse peu de place à des négociations immédiates.
Le modèle sécuritaire russe en question
L’échec des forces russes à protéger Kidal et Gao remet en cause le discours officiel de la junte, qui présentait le partenariat avec Moscou comme une solution viable à l’insécurité. Bien que l’Africa Corps ait réussi à protéger Assimi Goïta, la perte de Kidal fragilise la crédibilité du régime et de son allié. Moscou, bien que réaffirmant son soutien à Bamako, doit désormais faire face à une communication défensive sur les réseaux sociaux pour tenter de rétablir son image.
Cependant, un désengagement russe semble peu probable. Le Mali reste une vitrine du modèle sécuritaire russe en Afrique, et un retrait serait perçu comme un aveu de défaite. La junte, consciente de cette dépendance, pourrait renforcer sa collaboration avec d’autres partenaires, comme la Turquie, qui fournit des drones Bayraktar et forme les forces spéciales maliennes. Ankara, déjà sollicitée pour protéger le régime, pourrait voir son rôle s’accroître face à la dégradation de la situation.
L’Alliance des États du Sahel : une réponse discrète face à la menace
L’Alliance des États du Sahel (AES), composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger, a adopté une posture prudente après les attaques. Malgré la Charte du Liptako-Gourma qui prévoit une assistance mutuelle en cas d’agression, aucun des deux pays n’est intervenu militairement. Leur priorité reste la protection de leurs propres territoires face à la menace djihadiste. Pourtant, lors d’une réunion en avril 2026, les chefs d’état-major avaient annoncé leur intention de porter la force unifiée de l’AES à 15 000 soldats, contre 5 000 initialement prévus.
Cette retenue s’explique par la volonté de ne pas disperser leurs ressources, alors que les trois pays font face à des défis sécuritaires internes. Cependant, la situation pourrait évoluer si la contagion régionale s’intensifie, notamment vers les États côtiers comme le Sénégal ou la Mauritanie, déjà exposés aux perturbations logistiques.
L’Algérie et le Maroc : des acteurs en quête d’influence au Sahel
Face à l’instabilité au Mali, l’Algérie voit une opportunité de renforcer son rôle dans la région. Le pays déploie une stratégie de réengagement au Sahel, illustrée par des visites d’État au Niger, des projets d’infrastructures au Burkina Faso et des négociations avec le FLA, avec qui il entretient des liens historiques. Alger pourrait jouer un rôle de médiateur entre Bamako et les rebelles touaregs, bien que ses relations avec le Mali restent tendues en raison de divergences sur le Sahara occidental.
De son côté, le Maroc avance ses pions avec l’Initiative Atlantique, un projet visant à offrir aux pays sahéliens un accès à l’océan Atlantique via la Mauritanie. Cette initiative s’inscrit dans une logique de rivalité avec l’Algérie pour influencer la région, dans un contexte où la déstabilisation du Mali pourrait redessiner les équilibres géopolitiques.
Vers une contagion régionale inégale
L’offensive du 25 avril marque l’entrée dans une nouvelle phase, plus coordonnée et diffuse, mais les risques de contagion varient selon les acteurs. Le FLA, centré sur des revendications territoriales en Azawad, ne menace pas directement les pays voisins. En revanche, le JNIM, avec sa capacité de projection régionale, pourrait étendre son influence au Burkina Faso, au Niger et jusqu’au golfe de Guinée.
Les États côtiers comme le Bénin ou le Togo ne sont pas directement menacés, mais leur stabilité dépend de celle du Burkina Faso. Une dégradation supplémentaire dans ce pays, exacerbée par un effondrement à Bamako, serait le scénario le plus préoccupant pour la sous-région. Par ailleurs, la radicalisation de la junte malienne pourrait accélérer les risques de coup d’État interne, offrant une fenêtre d’opportunité supplémentaire au JNIM.
En définitive, cette crise révèle les failles d’un système sécuritaire régional reposant sur des partenariats extérieurs aux résultats mitigés. La junte malienne, dont la légitimité s’érode, doit désormais faire face à des défis multidimensionnels : militaires, politiques et économiques. Dans ce contexte, la recherche d’une solution durable passe par une réévaluation des alliances et des stratégies, tant au niveau national que régional.