crise anglophone : le 1er octobre, une journée qui révèle l’impact durable sur les régions du Cameroun

Chaque 1er octobre, le Cameroun commémore l’unification de son territoire entre l’ancienne colonie française et le Cameroun méridional sous administration britannique. Pourtant, dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, cette date est devenue le symbole d’une crise qui déchire le pays depuis une décennie. En 2017, des mouvements séparatistes ont autoproclamé l’indépendance de ces deux régions, déclenchant une réponse militaire et plongeant des centaines de milliers de personnes dans une situation de précarité extrême.
Un ralentissement économique et social programmé par les séparatistes
Pour marquer cet anniversaire contesté, les séparatistes ont lancé un appel à la journée « ville morte », invitant les habitants des grandes villes comme Bamenda ou Buea à rester chez eux. Résultat : les rues, normalement animées, sont désertes, les commerces fermés et les services publics au ralenti. Les autorités, anticipant d’éventuels débordements, ont renforcé les dispositifs de sécurité avec des patrouilles militaires et des véhicules blindés en patrouille.
Le quotidien des habitants est directement impacté : « Je suis sorti courir ce matin dans un quartier presque désert, puis je suis rentré chez moi par précaution », confie un habitant de Bamenda. Même scène à Buea, où les habitants, pris entre la peur des affrontements et la pression des séparatistes, ont massivement choisi de rester cloîtrés chez eux. Les écoles, déjà fragilisées par la crise, voient leur fonctionnement perturbé une fois de plus.
Dix ans de crise : des chiffres qui parlent
Les conséquences de cette crise sont dévastatrices. Selon les dernières estimations locales et internationales, plus de 6 000 personnes ont perdu la vie depuis 2017, tandis que près d’un demi-million de Camerounais ont été contraints de fuir leur foyer pour échapper aux violences. Les récits des familles endeuillées, des enfants privés d’école et des déplacés s’accumulent, alimentant un sentiment de frustration et de colère dans les deux régions.
Sur les plateformes sociales, les débats enflent. Des vidéos et témoignages circulent, notamment sur TikTok, où les symboles des séparatistes (drapeaux bleu et blanc, slogans) sont omniprésents. L’avocat et ancien détenu Khongor Félix Agbor a partagé une publication poignante, rendant hommage aux victimes et aux familles brisées par cette décennie de conflit : « Je pense aux enfants qui n’ont plus accès à l’école, aux parents qui ont perdu leurs enfants, et à tous ceux qui vivent dans la peur permanente ».
Le 1er octobre 2026 ne se contente donc pas de rappeler l’histoire du Cameroun : il met en lumière la persistance d’un conflit qui a bouleversé des vies entières, sans perspective de résolution immédiate. Les habitants, entre deux feux, subissent au quotidien les répercussions économiques, sociales et humaines d’une crise qui n’en finit pas de s’aggraver.