La sous-région ouest-africaine traverse une période particulièrement troublée, marquée par une série de coups d’État depuis le début des années 2020. Les pays du Sahel, la Guinée et plus récemment la Guinée-Bissau ont été touchés par ces bouleversements politiques.
Les nouvelles autorités du Burkina Faso, du Niger et du Mali ont toutes affiché leur volonté de rompre avec la France, ancienne puissance coloniale, depuis leur prise de pouvoir. Dans ce contexte régional instable, le Bénin se retrouve au cœur de l’attention.
Le président français Emmanuel Macron a activé un mécanisme de coordination renforcé avec les pays voisins. Il a notamment échangé avec le chef de l’État béninois, Patrice Talon, dont le mandat devait s’achever en avril à l’issue de deux mandats constitutionnels. Ces échanges s’inscrivaient dans le cadre d’un soutien politique à la CEDEAO, qui a joué un rôle clé dans la gestion de la crise.
Un conseiller de l’Élysée a souligné que « la France a apporté son soutien inconditionnel à la CEDEAO, dont les interventions ce week-end ont été déterminantes ».
Dimanche matin, une tentative de putsch a éclaté à Cotonou. Huit militaires ont fait une apparition télévisée pour annoncer la destitution de Patrice Talon. Après une journée d’incertitude, le président béninois a affirmé que la situation était maîtrisée. Les autorités ont cependant rapporté plusieurs victimes lors d’affrontements entre mutins et forces loyales.
Le Nigeria, voisin du Bénin, a joué un rôle actif dans la résolution de la crise. Abuja a mené des frappes aériennes sur la base de Togbin, située dans la capitale économique, avant d’y envoyer des troupes au sol. Ces opérations ont permis de reprendre le contrôle de la base dès la nuit de dimanche à lundi.
la cedéao en première ligne face aux putschs et à la menace terroriste
Dès dimanche soir, la CEDEAO a annoncé l’envoi de renforts militaires en provenance de quatre pays membres. L’objectif était de préserver l’ordre constitutionnel dans la région. Omar Alieu Touray, président de la Commission de la CEDEAO, a déclaré mardi que « notre communauté est en état d’urgence », évoquant à la fois la prolifération des groupes jihadistes et la multiplication des coups d’État.
Douze militaires ont été arrêtés, mais certains putschistes, dont leur chef le lieutenant-colonel Pascal Tigri, restent en fuite. Lors de leur tentative de coup d’État, ils avaient pris en otage deux hauts gradés de l’armée béninoise : le chef d’état-major de l’armée de terre, Abou Issa, et celui de la garde nationale, Faïzou Gomina. Ces derniers ont été libérés lundi.
Malgré cette crise, la vie a rapidement repris son cours à Cotonou, capitale économique du Bénin. Patrice Talon, au pouvoir depuis 2016, doit quitter ses fonctions en avril après avoir atteint la limite constitutionnelle de deux mandats. Son départ s’annonce dans un contexte politique particulièrement tendu.
Le président sortant est reconnu pour ses efforts en matière de développement économique, mais ses détracteurs lui reprochent un virage autoritaire, alors que le Bénin était autrefois salué pour la vitalité de sa démocratie.
Romuald Wadagni, ministre des Finances et dauphin de Patrice Talon, est donné favori pour l’élection présidentielle d’avril. Cependant, le principal parti d’opposition, les Démocrates, en a été exclu pour défaut de parrainages suffisants. Thomas Boni Yayi, ancien président et actuel dirigeant des Démocrates (2006-2016), a fermement condamné la tentative de coup d’État : « Je condamne avec la plus grande fermeté cette attaque sanglante et inacceptable contre notre nation ». Il a également plaidé en faveur d’élections libres et transparentes.
Omar Alieu Touray a quant à lui pointé du doigt « l’érosion croissante de l’inclusivité électorale » dans plusieurs États de la CEDEAO, estimant que « les élections sont devenues un facteur majeur d’instabilité dans la région ».