Coulisses du fiasco nigérien : ce que cache le discours onusien de Lamine Zeine

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Une tribune aux allures de paravent

Derrière les projecteurs de la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine a déroulé son traditionnel réquisitoire souverainiste. Devant les émissaires internationaux, le porte-voix du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) a scandé les antiennes du régime : « réappropriation des ressources nationales », « indépendance économique », « rupture avec le néocolonialisme ». Mais une fois les caméras coupées et les slogans rangés, la réalité économique rattrape brutalement les autorités de Niamey. Sous la coupe du général Abdourahamane Tiani, les fleurons de l’économie nigérienne s’enlisent dans une gestion chaotique. L’envers du décor révèle un fiasco industriel et financier qui pèse déjà lourdement sur le peuple nigérien.

Le naufrage de la SOMAÏR : radiographie d’un effondrement

Pendant des décennies, l’uranium d’Arlit a nourri la rhétorique du ressentiment. En reprenant le contrôle opérationnel de la Société des mines de l’Aïr (SOMAÏR) et en écartant le partenaire français Orano, le général Tiani et son entourage promettaient une manne financière retrouvée. Le constat sur le terrain est tout autre : la production d’uranium a chuté d’environ 80 % depuis la prise en main par les nouvelles autorités.

  • Chaînes d’approvisionnement rompues : l’incapacité à acheminer les réactifs chimiques essentiels, comme l’acide sulfurique, et les blocages logistiques aux frontières ont paralysé le site d’Arlit.
  • Goulot d’étranglement commercial : faute de réseaux de distribution solides et de certificats d’exportation fiables, des tonnes de concentré d’uranium (yellowcake) restent stockées sur place, invendables.
  • Impact social immédiat : les sous-traitants locaux ne sont plus payés, les emplois s’évaporent et les recettes fiscales attendues pour financer hôpitaux et écoles se sont transformées en mirage.

Changer le drapeau sur le portail d’une usine ne suffit pas à faire tourner ses machines. En matière d’ingénierie minière, l’amateurisme des slogans ne remplace pas la compétence technique ni la rigueur de gestion.

La SONIDEP et le trou noir de 25 milliards de FCFA

Si la gestion de l’uranium relève du naufrage, le dossier pétrolier frôle le scandale d’État. La Société nigérienne des produits pétroliers (SONIDEP), propulsée par le CNSP au cœur de la stratégie de commercialisation du brut – notamment via le nouveau pipeline géant vers les côtes béninoises –, devait être le moteur financier de cette nouvelle ère. Pourtant, selon des bilans internes et des rapports d’étape, la SONIDEP afficherait une perte abyssale estimée à plus de 25 milliards de francs CFA.

Ce chiffre illustre à lui seul la faillite du modèle de gestion militaire : d’un côté, la SOMAÏR voit sa production s’effondrer de près de 80 %, détruisant la valeur ajoutée de la filière uranium ; de l’autre, la SONIDEP, censée récolter les fruits du pétrole national, accumule un déficit record de 25 milliards de FCFA au lieu d’alimenter les caisses de l’État. Ensemble, ces deux fleurons publics symbolisent un véritable système d’évaporation des ressources publiques sous couvert d’un nationalisme illusoire.

Comment une société nationale qui détient le monopole de la distribution d’or noir, dans un pays censé devenir un exportateur de pétrole majeur, réussit-elle le tour de force d’accumuler un tel gouffre financier ? L’absence de bilans comptables certifiés et le silence radio du ministère des Pétroles alimentent toutes les suspicions : mauvaise gestion, contrats de gré à gré douteux, intermédiaires improvisés et surfacturations.

Quand la souveraineté masque l’incompétence

Face à cette déroute industrielle, le réflexe du tandem Tiani-Zeine est bien rodé : accuser systématiquement la CEDEAO, les sanctions internationales, la « main invisible de l’impérialisme » ou la gestion des régimes précédents. À un moment donné, les dirigeants conduits par Abdourahamane Tiani doivent rendre des comptes à leur population :

  1. Où sont passés les rapports d’audit promis en grande pompe lors du coup d’État de juillet 2023 ?
  2. Comment sont réellement négociés les contrats de vente du pétrole et de l’uranium nigériens ?
  3. À quoi servent exactement les rares recettes encaissées par le Trésor public si les grandes entreprises nationales tombent en faillite ?

La véritable souveraineté d’un peuple se mesure aux actes et aux résultats concrets : des entreprises publiques qui créent de la valeur, des salaires payés à temps, des investissements dans les services de base et une transparence totale sur les finances publiques. En utilisant l’argument patriotique pour masquer les faillites de la SOMAÏR et de la SONIDEP, le CNSP détourne le sens même du mot souveraineté. Le peuple nigérien ne se nourrit pas de discours à l’ONU : il a besoin d’une économie qui fonctionne.

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Boureima Ouédraogo

Journaliste