Coulisses de la crise énergétique malienne : pourquoi Bamako a dû frapper à la porte de la BOAD

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Un prêt d’urgence qui en dit long sur les fissures du système énergétique malien

C’est une bouffée d’oxygène financière qui masque mal une réalité bien plus préoccupante. Le Mali a obtenu de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) une enveloppe de 8 milliards de francs CFA pour financer l’importation de quelque 20 millions de litres de carburant. Derrière cette annonce, se profile le portrait d’un secteur énergétique à bout de souffle, contraint de s’endetter pour assurer sa survie quotidienne.

Les racines profondes d’une dépendance chronique

Pourquoi un pays comme le Mali doit-il recourir à un prêt d’urgence pour acheter du carburant ? La réponse se niche dans l’engrenage infernal des délestages à répétition et des caisses vides de la société Énergie du Mali (EDM-SA). Incapable de régler ses factures de combustible, l’entreprise nationale ne parvient plus à alimenter correctement ses centrales thermiques. Le déficit de trésorerie n’est pas un accident de parcours : il révèle une vulnérabilité structurelle aux chocs des prix pétroliers et une difficulté persistante à mobiliser des ressources internes.

Ce que change concrètement l’injection de 8 milliards FCFA

L’argent frais de la BOAD n’est pas une simple ligne budgétaire. Il se décline en trois priorités opérationnelles qui conditionnent la stabilité du pays :

  • Alimenter les centrales thermiques : fournir le gazole nécessaire pour faire tourner les unités de production d’électricité et espacer les coupures de courant qui asphyxient ménages et entreprises.
  • Réapprovisionner le réseau national : garantir la présence de carburant dans les stations-services, indispensable au transport des marchandises et à la mobilité des populations.
  • Éviter la pénurie sèche : prévenir les ruptures de stock qui menacent la continuité des services publics et l’activité commerciale.

Le rôle stratégique de la BOAD dans l’ombre de l’UEMOA

En accordant ce prêt de campagne, l’institution régionale joue pleinement son rôle de stabilisateur au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Mais cette intervention révèle aussi une dépendance qui inquiète : le recours répété à des emprunts bancaires pour financer la consommation courante d’hydrocarbures illustre la fragilité du modèle énergétique malien. Chaque nouveau prêt d’urgence agit comme un pansement sur une plaie profonde.

Une solution durable encore en suspens

Si les 20 millions de litres de carburant promis apporteront un répit immédiat, la question de fond demeure : comment sortir de cette spirale de dépendance financière ? Pour les autorités de transition à Bamako, le véritable défi ne consiste pas seulement à trouver des financements d’urgence, mais à repenser en profondeur un système énergétique qui ne tient aujourd’hui que grâce à des coups de pouce extérieurs répétés.

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Kadidja Zongo

Journaliste