Ce que révèle le mémorandum entre le Conseil de l’Entente et l’UNOWAS

Écouter cet articleEnviron 7 min

Derrière la signature protocolaire d’un mémorandum à Abidjan-Cocody, le mardi 29 septembre 2026, se cache une recomposition stratégique des équilibres ouest-africains. Le Conseil de l’Entente et le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS) ont scellé un accord qui, sous couvert de coopération technique, dessine les contours d’une nouvelle architecture de paix dans une région sous tension. Décryptage des ressorts profonds d’un rapprochement qui n’a rien d’anodin.

Un accord révélateur d’une défiance croissante envers les cadres traditionnels

La signature de ce mémorandum intervient dans un contexte où les mécanismes habituels de gestion des crises régionales montrent leurs limites. En s’associant directement au Conseil de l’Entente, l’UNOWAS opère un choix qui en dit long sur la perception des institutions existantes. Le partenariat ambitionne de coordonner les efforts face à des défis sécuritaires, politiques, humanitaires et institutionnels persistants, tout en préservant les espaces de concertation entre États et organisations régionales.

Cette configuration suggère une volonté de contourner les lourdeurs bureaucratiques pour privilégier des canaux plus souples et réactifs. Les deux entités entendent ainsi conjuguer leurs moyens sans nécessairement passer par les structures communautaires établies, un signal fort adressé à l’ensemble de l’écosystème régional.

Trois priorités qui dessinent une méthode d’intervention

Le contenu du mémorandum révèle une approche pragmatique structurée autour de trois axes complémentaires. Le premier volet mise sur la diplomatie préventive, la médiation et le dialogue politique. Il ouvre la possibilité de consultations stratégiques, d’initiatives de bons offices et d’actions de facilitation. Une manière de désamorcer les crises avant qu’elles n’éclatent, plutôt que d’intervenir une fois les conflits installés.

Le deuxième axe cible la paix et la résilience dans les zones frontalières. Les deux institutions prévoient de travailler sur la prévention des conflits, le renforcement de la cohésion sociale et la participation des jeunes et des femmes aux initiatives de paix. Un choix révélateur : les périphéries frontalières, souvent délaissées par les politiques centrales, deviennent le laboratoire d’une stabilité durable.

Le troisième pilier concerne le renforcement institutionnel et l’analyse stratégique, avec partage d’informations, études conjointes, assistance-conseil et développement des capacités du Conseil de l’Entente. Derrière cet axe technique se profile une ambition claire : doter l’organisation d’une expertise autonome pour peser dans les arbitrages régionaux.

Le Conseil de l’Entente, acteur-clé d’une diplomatie de proximité

Le mémorandum consacre le rôle du Conseil de l’Entente comme plateforme de dialogue, de concertation et de facilitation diplomatique. L’organisation pourrait contribuer, lorsque les circonstances l’exigent, au rapprochement entre États et entre différentes configurations régionales. Une reconnaissance qui intervient à un moment où les canaux diplomatiques classiques peinent à produire des résultats.

Pour Idi Ali, secrétaire exécutif adjoint chargé de l’intérim du secrétaire exécutif du Conseil de l’Entente, cet accord traduit la reconnaissance du rôle que peut jouer l’organisation dans le contexte sécuritaire actuel. « Le Conseil de l’Entente constitue aujourd’hui un cadre privilégié pour consolider la paix dans la sous-région », a-t-il indiqué, relevant la présence, au sein de cette organisation, de pays du Sahel et de pays du littoral. Une composition mixte qui lui confère une légitimité particulière pour dialoguer avec des acteurs aux intérêts divergents.

Les coulisses d’une mise en œuvre méthodique

Pour garantir l’application de l’accord, les deux institutions élaboreront chaque année des plans de travail conjoints, désigneront des points focaux et organiseront des consultations régulières de suivi. Des missions conjointes d’évaluation, de dialogue ou de facilitation diplomatique pourront également être conduites. Le mémorandum est conclu pour une durée initiale de trois ans.

Cette mécanique opérationnelle témoigne d’une volonté de ne pas en rester aux déclarations d’intention. La désignation de points focaux et la planification annuelle créent une obligation de résultats, un engagement qui tranche avec les coopérations souvent symboliques entre organisations internationales et structures régionales.

Leonardo Simão : une lecture lucide des menaces persistantes

Présent à la cérémonie de signature, le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, Leonardo Simão, a souligné l’importance de cette coopération pour la promotion de la paix et de la stabilité dans la région. Son analyse des enjeux révèle une conscience aiguë de la fragilité des acquis.

« Il y a toujours des menaces pour la paix. On ne peut pas prendre la paix comme quelque chose de définitif. Il faut toujours faire des efforts pour maintenir la paix là où elle existe déjà, mais aussi récupérer la paix là où elle n’existe pas », a-t-il déclaré. Une déclaration qui sonne comme un avertissement : la stabilité n’est jamais acquise, elle se construit et se reconstruit en permanence.

Leonardo Simão a également mis en avant l’expérience du Conseil de l’Entente, créé en 1959, soit avant l’Organisation de l’unité africaine et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Selon lui, cette expérience de coopération entre les États constitue une base sur laquelle peuvent s’appuyer de nouvelles initiatives en faveur de la paix dans la région. Un argument qui positionne le Conseil de l’Entente comme un précurseur, voire un modèle d’intégration régionale adapté aux réalités actuelles.

Un signal fort dans un paysage régional en mutation

Ce mémorandum, au-delà de ses aspects techniques, envoie un message politique clair : face à des défis sécuritaires persistants, les acteurs régionaux et internationaux cherchent de nouvelles synergies. La coopération entre le Conseil de l’Entente et l’UNOWAS pourrait ainsi préfigurer d’autres rapprochements, dans une région où les équilibres bougent et où les solutions traditionnelles montrent leurs limites.

Idi Ali a salué la signature de ce mémorandum avec le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, estimant qu’il permettra de consolider les relations entre les deux institutions et de renforcer leur contribution à la paix dans la sous-région. Une contribution qui, si elle se concrétise, pourrait redessiner les contours de la gestion des crises en Afrique de l’Ouest et au Sahel.

Fils d'actualité (RSS) :

Boureima Ouédraogo

Journaliste