Bilan contrasté cinq ans après le putsch au Mali

bilan contrasté cinq ans après le putsch au Mali

Le Mali commémore cette semaine une étape douloureuse de son histoire contemporaine : cinq ans se sont écoulés depuis que le général Assimi Goïta a pris les rênes du pays par la force. Alors que son accession au pouvoir avait suscité de vives espérances chez une partie de la population, la réalité du terrain révèle aujourd’hui une situation complexe, marquée par des avancées limitées et des défis majeurs.

Sur le plan sécuritaire, le constat est sans appel. Malgré les promesses initiales de rétablir l’ordre, les groupes armés djihadistes et les mouvements rebelles conservent une emprise inquiétante sur de vastes territoires, notamment dans le nord du pays. Les attaques coordonnées de fin avril, parmi les plus violentes depuis une décennie, ont rappelé l’ampleur des menaces qui pèsent sur l’État malien. Les mercenaires russes, autrefois présentés comme une solution miracle, ont quitté le pays après des résultats décevants et une stratégie contestée, laissant le Mali isolé face à ses ennemis.

une liberté d’expression sous haute tension

La liberté de la presse et l’expression publique subissent elles aussi les conséquences de cette gouvernance militaire. Les critiques se multiplient à l’encontre des restrictions croissantes imposées aux médias et aux citoyens. Les voix dissidentes sont désormais étouffées sous le poids de la répression : journalistes emprisonnés, opposants contraints à l’exil, et débats publics réduits à leur plus simple expression. Pourtant, malgré ce climat oppressif, une frange de la population continue de manifester son soutien au régime, par crainte des alternatives plus radicales.

soutien populaire et méfiance envers les anciennes élites

Le paradoxe malien réside dans ce soutien persistant à l’équipe dirigeante, malgré les critiques. Les Maliens semblent préférer une stabilité précaire, incarnée par les militaires, à un retour des anciennes élites politiques, souvent associées à la corruption et à une dépendance historique envers l’Europe. Cette défiance envers les partis traditionnels s’explique par des années de promesses non tenues et de gouvernances inefficaces. La jeunesse, majoritairement déscolarisée et connectée aux réseaux sociaux, est particulièrement réceptive aux discours patriotiques et anti-colonialistes, amplifiés par une propagande étrangère.

dialogue et compromis : les pistes d’un avenir incertain

Face à l’impuissance des solutions purement militaires, des voix s’élèvent pour envisager un dialogue avec les factions djihadistes les plus modérées. L’objectif ? Trouver des compromis locaux pour apaiser les tensions, à l’image de ce qui a été tenté en Mauritanie, où des concessions ont permis de réduire l’influence des groupes armés sans imposer un rigorisme extrême. Une approche pragmatique qui pourrait, à terme, permettre à l’État de reprendre le contrôle progressif de son territoire.

Cependant, la route vers une paix durable reste semée d’embûches. La crise économique, aggravée par des sanctions internationales et des blocus internes, plonge une partie croissante de la population dans une précarité alarmante. Les Maliens doivent désormais composer avec des pénuries de carburant, des difficultés d’accès à l’eau et à la nourriture, et un avenir politique toujours aussi flou. Dans ce contexte, la transition entamée en 2021 semble plus fragile que jamais, oscillant entre espoirs déçus et résignation collective.

Portrait d'Assimi Goïta

Alors que le Mali s’interroge sur la suite à donner à cette transition, une chose est certaine : sans une amélioration tangible de la sécurité et des conditions de vie, le mécontentement risque de s’amplifier, risquant d’alimenter un cercle vicieux difficile à briser. La communauté internationale, quant à elle, observe sans pouvoir – ou vouloir – s’immiscer davantage dans les affaires internes d’un pays qui a choisi de tourner le dos à ses anciens partenaires.