Bénin : les sanctions routières pèsent lourdement sur le quotidien des citoyens et l’économie

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Une campagne répressive aux répercussions immédiates pour les usagers

Depuis le 20 septembre 2026, la Police républicaine du Bénin a lancé une offensive sans précédent contre les infractions routières. Les premiers bilans, déjà lourds de conséquences, révèlent des impacts concrets sur les finances des citoyens et la fluidité du trafic dans les principales villes du pays. En seulement 48 heures, plus d’une centaine de motocyclistes et une dizaine d’automobilistes ont été verbalisés, marquant le début d’une période où chaque trajet peut coûter cher aux usagers.

À Cotonou, épicentre des contrôles, les patrouilles ciblent désormais des axes stratégiques comme le boulevard de la Marina ou le quartier de Fidjrossè. Les données recueillies par les forces de l’ordre montrent une hausse spectaculaire des interpellations : plus de 40 motocyclistes interceptés en une seule heure dans la zone de Fidjrossè, illustrant la rapidité et l’efficacité de cette nouvelle stratégie sécuritaire. Pour les citoyens, ces contrôles ne sont plus une simple formalité, mais une source de dépenses imprévues et de perturbations quotidiennes.

Les sanctions appliquées s’inscrivent dans une grille tarifaire stricte, conçue pour décourager les manquements graves. Parmi les infractions les plus fréquentes et coûteuses :

  • L’utilisation du téléphone au volant ou au guidon : 20 000 francs CFA d’amende, une somme qui représente près d’un jour de salaire pour de nombreux mototaxis.
  • La surcharge de passagers : 10 000 francs CFA, une pénalité qui vise à réduire les risques d’accidents liés à la surcharge.
  • Le non-respect des feux de signalisation : des sanctions alignées sur le risque encouru, avec des amendes pouvant aller jusqu’à 15 000 francs CFA en cas de franchissement d’un feu rouge.
  • Le défaut de port du casque : 5 000 francs CFA, une infraction pourtant responsable de nombreuses blessures graves lors des accidents impliquant des deux-roues.

Une offensive policière qui s’étend à tout le territoire national

Cette campagne n’est pas cantonnée à la seule région de Cotonou. Les autorités ont étendu leur action à plusieurs pôles urbains majeurs du Bénin, révélant une volonté de restaurer une discipline collective sur l’ensemble du réseau routier. Les villes d’Abomey-Calavi, Porto-Novo, Sèmè-Podji, Ouidah, Bohicon et Parakou sont désormais sous haute surveillance. Des détachements mobiles, spécialement formés, quadrillent les carrefours et les artères les plus fréquentés pour traquer la moindre infraction.

Le commandement de la Police républicaine justifie cette mobilisation par un objectif clair : éradiquer les comportements à risque et préserver les vies humaines. Pourtant, les premiers retours des usagers montrent une réalité plus contrastée. Pour les conducteurs réguliers, ces contrôles fréquents créent un sentiment d’insécurité juridique : « On ne sait plus à quel moment on va se faire verbaliser, même pour une erreur mineure », confie un conducteur de zémidjan, habitué des routes de Cotonou.

Des conséquences économiques qui dépassent le simple cadre financier

Les répercussions de cette politique répressive ne se limitent pas aux amendes. Les retards accumulés en raison des contrôles prolongés pèsent sur la productivité des travailleurs et des commerçants. Les livreurs, les chauffeurs de taxi et les mototaxis, qui représentent une part importante de l’économie urbaine, voient leurs revenus chuter. Chaque heure passée dans les embouteillages provoqués par les contrôles se traduit par une perte sèche pour ces acteurs clés du secteur informel.

De plus, la hausse des amendes alimente un climat de mécontentement. Certains usagers dénoncent une approche disproportionnée, où les sanctions financières touchent davantage les ménages modestes que les conducteurs aisés. Les associations de mototaxis commencent à organiser des réunions pour évaluer les recours possibles, tandis que les indépendants envisagent d’augmenter leurs tarifs pour compenser leurs pertes.

Une discipline routière durable est-elle possible ?

Si l’objectif affiché par les autorités est louable, sa mise en œuvre soulève des questions sur sa durabilité. Historiquement, les campagnes répressives ponctuelles ont rarement eu un impact durable sur les comportements des usagers. Pour que cette offensive produise des résultats, plusieurs conditions semblent indispensables :

  • Une communication claire : informer les citoyens des nouvelles règles et des sanctions prévues pour éviter les malentendus.
  • Une formation des forces de l’ordre : garantir que les contrôles sont effectués de manière uniforme et sans abus, pour éviter les tensions avec les usagers.
  • Une approche pédagogique : combiner sanctions et rappels des bonnes pratiques, notamment via des campagnes de sensibilisation dans les écoles de conduite et les médias locaux.
  • Une évaluation régulière : mesurer l’impact réel des contrôles sur la réduction des accidents et adapter la stratégie en conséquence.

Pour l’instant, les autorités tablent sur la dissuasion par la peur des sanctions. Mais dans un pays où la culture du « pot-de-vin » persiste, l’efficacité de cette méthode reste à prouver. La véritable réussite de cette campagne ne se mesurera pas au nombre de verbalisations, mais à la capacité des autorités à instiller un changement durable dans les mentalités.

Zémidjan
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Kadidja Zongo

Journaliste