Bamako sous tension : l’aïd al-adha perturbée par les barrages djihadistes

Bamako sous tension : l’Aïd al-Adha perturbée par les barrages djihadistes

Cette année, les habitants de Bamako ont célébré l’Aïd al-Adha dans une atmosphère inhabituelle, marquée par l’insécurité et des restrictions majeures. Les musulmans de la capitale malienne ont dû renoncer à leurs traditions familiales en raison d’un blocus imposé par des groupes armés.

Alpha Amadou, originaire de Mopti, a partagé son amertume : « Pour la première fois en trente ans, je fête cette fête religieuse à Bamako au lieu de rentrer chez moi. » Son parcours illustre la réalité vécue par des milliers de Maliens privés de leur voyage annuel vers leur région d’origine.

Depuis plusieurs mois, des combattants liés à Al-Qaïda bloquent les axes routiers menant à Bamako. Ces barrages, bien que partiels, ont suffi à paralyser les transports. Les images de camions et d’autobus incendiés ont dissuadé les compagnies de transport de circuler et les voyageurs de prendre la route.

Une fête traditionnelle menacée par l’insécurité

L’Aïd al-Adha, plus qu’une fête religieuse, représente un moment de rassemblement familial pour les Maliens. Les gares routières de Bamako, habituellement animées avant les vacances, sont aujourd’hui désertes. Les familles, souvent dispersées pour des raisons professionnelles, voient leurs retrouvailles annulées.

Un responsable d’une agence de voyage confie : « D’habitude, nous transportons plus de 50 000 passagers en une semaine pour cette fête. Cette année, plus aucun trajet n’est prévu. » Les pénuries de carburant et la peur des attaques djihadistes ont achevé de décourager les voyageurs.

Wara Bagayoko, habitué à se rendre à Ségou pour l’Aïd, a dû annuler son voyage : « C’est la première fois en trente ans que je ne fête pas cette occasion dans mon village. Les routes sont trop dangereuses. » Même les déplacements en voiture particulière sont devenus risqués.

Oumar Diarra, qui organisait traditionnellement un groupe de motos pour rejoindre Sikasso, résume la situation : « Nous resterons à Bamako cette année. » Seuls quelques minibus parviennent encore à circuler, sous escorte militaire, en empruntant des routes secondaires.

Le bétail, victime collatérale du blocus

L’insécurité perturbe également le commerce du bétail, essentiel pour le sacrifice traditionnel de l’Aïd. Les éleveurs peinent à acheminer leurs animaux vers Bamako, le principal marché du pays.

Le coût du transport d’un mouton a explosé, passant de 2 500-2 750 francs CFA à 15 000-18 000 francs CFA. Hama Ba, un marchand de Bamako, explique : « Des camions transportant des moutons ont été incendiés. Aujourd’hui, je n’en ai plus un seul à vendre. »

Les prix ont suivi cette tendance : un mouton coûtait autrefois 75 000 francs CFA, il s’échange désormais autour de 300 000 francs CFA. « Avant, le choix était vaste. Aujourd’hui, ils sont presque introuvables à Bamako », déplore Iyi, qui cherche désespérément un animal à un prix abordable.

Services publics en crise

La détérioration de la sécurité aggrave les difficultés quotidiennes des Bamakois. La capitale fait face à des coupures d’électricité prolongées et à une pénurie d’eau potable. Ces problèmes s’ajoutent aux tensions déjà existantes et compliquent davantage la vie des habitants.