Wagner ou africa corps : quel impact sur la sécurité en Centrafrique ?

En Centrafrique, la question du soutien sécuritaire divise : faut-il privilégier le groupe Wagner, déjà présent, ou opter pour son successeur officiel, Africa Corps ? Derrière cette alternative se cachent des réalités tout aussi inquiétantes pour la population locale.

Le président Touadéra maintient sa préférence pour Wagner, tandis que Moscou impose progressivement Africa Corps, une structure plus intégrée aux forces russes. Si les méthodes diffèrent légèrement, les résultats pour les civils restent dramatiques.

Deux modèles de rémunération, une même violence

Avec Wagner, le financement repose sur l’exploitation des ressources naturelles du pays, notamment les mines d’or et de diamants. Africa Corps, en revanche, exige un paiement fixe de 10 milliards de francs CFA par mois à Poutine. Pourtant, pour les habitants, l’équation est claire : mêmes exactions, mêmes crimes, seule la source de profit change.

Une transition brutale au Mali

Depuis la mort d’Evguéni Prigojine en 2025, Africa Corps a remplacé Wagner au Mali. Les promesses d’apaisement se sont rapidement heurtées à la réalité. « Ce sont les mêmes hommes, payés par le gouvernement russe. Ils continuent les massacres sans distinction », témoigne un chef de village malien réfugié en Mauritanie.

La différence majeure réside dans la chaîne de commandement. Africa Corps dépend directement du ministère russe de la Défense, ce qui rend Moscou théoriquement responsable des crimes commis par ses troupes. Une nuance juridique qui contraste avec l’autonomie relative de Wagner.

Une structure opaque et des recrutements controversés

Les effectifs d’Africa Corps sont estimés à environ 2 000 hommes au Mali. Contrairement à Wagner, qui recrutait principalement en Russie, cette nouvelle force intègre des combattants issus de plusieurs pays : Russie, Biélorussie, mais aussi des États africains. Des réfugiés ont confirmé la présence d’hommes noirs parlant des langues locales, suggérant des recrutements sur place.

Les civils maliens paient le prix fort

Des témoignages recueillis par l’Associated Press près de la frontière mauritanienne dessinent un tableau glaçant. Trente-quatre réfugiés ont accepté de partager leurs récits, sous couvert d’anonymat pour éviter des représailles. Leurs descriptions évoquent des assassinats ciblés ou aveugles, des enlèvements, des viols systématiques et des disparitions forcées.

Fatma, une mère dont la fille est décédée après un viol, décrit l’horreur : « Je ne suis qu’une apparence de vivant. Mon âme a été arrachée. »

Mougaloa, une éleveuse peule, cherche toujours sa fille disparue. Son fils de 20 ans a été battu puis égorgé devant elle. Les Peuls, souvent suspectés de liens avec les groupes djihadistes, subissent une répression sans pitié. « Si vous ne dénoncez pas les djihadistes, l’armée vous tue. Si vous le faites, les djihadistes vous exécutent. Personne n’est épargné. »

Une stratégie de terreur méthodique

Les récits convergent vers une tactique implacable : pas de questions, pas d’avertissement, seulement la mort. Les villages sont réduits en cendres, les corps mutilés (foie et reins prélevés), et les réseaux sociaux regorgent de vidéos de tortures similaires à celles attribuées à Wagner.

Les chiffres officiels indiquent une baisse des morts civiles attribuées aux Russes (447 en 2025 contre 911 en 2024), mais ces données sous-estiment probablement la réalité. La peur des représailles muselle les victimes. « Il y a des milliers de viols, d’enlèvements et de meurtres. Les familles sont brisées », confirme Sukru Cansizoglu, représentant de l’UNHCR en Mauritanie.

Que réserver à la Centrafrique ?

Les leçons du Mali laissent peu d’espoir pour la Centrafrique. Si Africa Corps remplace Wagner, la population pourrait subir une violence organisée, financée par un État plutôt que par des pillages anarchiques. Dans les deux cas, les civils restent les premières victimes d’une guerre où la seule certitude est l’impunité.