tribune d’Armand Noutack : la corruption, miroir de notre échec collectif
Dans une tribune percutante, Armand Noutack II, enseignant et observateur politique, dénonce avec franchise le vrai visage du Cameroun : une société où la recherche du changement se heurte à nos propres contradictions. Selon lui, le Cameroun ne souffre pas uniquement de ses dirigeants, mais aussi de ses citoyens, prisonniers d’un statu quo confortable et de réseaux qui étouffent toute velléité de progrès.
un système où le changement est sélectif
Armand Noutack II alerte sur une réalité troublante : au Cameroun, le désir de changement ne s’exprime que lorsque nos intérêts frauduleux ne sont pas menacés. Il cite l’exemple des fonctionnaires qui, tout en dénonçant la corruption, continuent de percevoir des salaires pour des services non rendus, ou des opposants qui, en public, fustigent le pouvoir tout en négociant des faveurs en coulisses.
« Certains se présentent comme des opposants farouches en journée, mais à minuit ils sont chez les ministres pour négocier les marchés publics qu’ils exécutent mal afin de réaliser de gros bénéfices », écrit-il. Une hypocrisie qui, selon lui, sape les fondements mêmes de la construction nationale.
des comportements qui trahissent nos discours
L’auteur passe en revue les contradictions criantes des Camerounais :
- Les commerçants qui crient au changement tout en vendant des produits avariés ou en fraudant le fisc.
- Les fonctionnaires qui exigent des enveloppes pour accomplir leur travail quotidien.
- Les parents qui, partis à l’étranger, crient vengeance sur les réseaux sociaux tout en laissant leurs proches percevoir indûment leur salaire.
- Les enseignants qui monnayent leurs notes et tolèrent le harcèlement dans les salles de classe.
Pour Armand Noutack II, ces agissements ne sont pas anodins : ils illustrent une corruption mentale bien plus profonde que celle des dirigeants. « La vérité, c’est que nous sommes corrompus. Ce n’est pas une corruption superficielle, nos mentalités sont atteintes », assène-t-il.
vers une refonte des mentalités ?
L’enseignant propose des pistes pour briser ce cycle :
- Sanctionner les fraudeurs, y compris parmi les citoyens ordinaires, en exigeant des preuves tangibles pour justifier les allocations familiales.
- Lutter contre la corruption à tous les niveaux, y compris dans la société civile et l’opposition.
- Repenser l’éducation pour former des citoyens responsables, capables de renoncer à leurs petits privilèges au nom de l’intérêt général.
« Si tu ne peux pas être toi-même le changement que tu veux pour ton pays, alors tais-toi », lance-t-il à ses concitoyens. Une exhortation à l’introspection collective pour sortir de l’ornière.
une tribune qui interpelle
Cette tribune, à la fois accusatrice et constructive, rappelle que le changement ne peut venir de l’extérieur si nous ne sommes pas prêts à le porter en nous-mêmes. Armand Noutack II ne se contente pas de critiquer : il appelle à une révolution des esprits, condition sine qua non pour bâtir un Cameroun plus juste.
Une chose est sûre : si le Cameroun veut avancer, il devra d’abord regarder en face le reflet que lui renvoie cette tribune.