Tchad : comment le chaos nourrit l’échec des dirigeants

Tchad : comment le chaos nourrit l’échec des dirigeants

Un puits asséché, des vies brisées : au Tchad, la sécheresse des solutions reflète l’aridité des choix politiques.

Tchad : comment le chaos nourrit l'échec des dirigeants

Depuis plus de trois décennies, une même routine se répète au Tchad. Les acteurs changent, les discours s’enchaînent, mais la réalité reste immuable : des communautés s’affrontent pour des ressources vitales, tandis que l’État se contente d’une gestion de façade. Les conflits pour l’eau ou les terres s’enveniment, transformés en spectacles politiques où défilent cortèges officiels et médiations spectaculaires. Pourtant, derrière les apparences, aucun progrès concret n’émerge. Le sang versé chaque jour porte la même couleur : celle d’une gouvernance qui a renoncé à ses responsabilités fondamentales.

Le théâtre des crises : quand les solutions sont des leurres

Face à une querelle intercommunautaire, la réponse des autorités est toujours la même : une mise en scène bien rodée. Des déplacements ministériels, des rencontres sous haute tension, des promesses en cascade. Mais une fois le convoi présidentiel reparti, la poussière retombe, laissant derrière elle les mêmes drames. Le coût de ces opérations dépasse l’entendement : un seul voyage officiel suffirait à creuser des dizaines de puits durables, offrant une solution définitive aux populations. Pourtant, l’État préfère entretenir la dépendance à l’aide d’urgence plutôt que de bâtir des infrastructures pérennes. Pourquoi ? Parce qu’un peuple dépendant est un peuple facile à contrôler.

Des institutions fantômes, une justice absente

Dans un État fonctionnel, la justice serait l’arbitre ultime des conflits. Au Tchad, elle est systématiquement marginalisée. Pourquoi laisser des juges indépendants trancher des litiges quand on peut compter sur la force brute et les alliances claniques pour imposer sa loi ? En affaiblissant délibérément les institutions, les dirigeants s’assurent que les citoyens n’auront d’autre recours que la violence pour faire valoir leurs droits. Mourir pour un point d’eau n’est pas une malédiction ancestrale, mais le fruit d’un système conçu pour échouer. L’échec n’est pas celui des communautés, mais celui d’une classe politique qui a choisi de régner sur les cendres plutôt que de construire une nation.