Les autorités du Burkina Faso ont franchi une nouvelle étape dans le contrôle des organisations de la société civile. Le gouvernement de transition a prononcé la suspension, pour une durée de trois mois, de deux structures religieuses d’envergure. Cette mesure intervient dans un climat particulièrement lourd, marqué par l’arrestation récente de l’imam Mohamad Ishaq Kindo, une figure majeure de la communauté sunnite locale.
À travers deux arrêtés officiels datés du mardi 9 juin, le ministère de l’Administration territoriale a acté la mise à l’écart de la Coordination des jeunes musulmans du Burkina Faso, invoquant des impératifs liés à l’ordre public. Parallèlement, l’association As Salam a également été frappée par une mesure de suspension pour avoir mené des activités jugées non conformes à ses objectifs statutaires.
L’ombre de l’affaire Mohamad Ishaq Kindo
Ces sanctions administratives ne sont pas isolées. Elles s’inscrivent dans le prolongement direct de l’interpellation de Mohamad Ishaq Kindo, survenue le 26 mai dernier. Cet imam influent s’était ouvertement opposé à une proposition de loi visant à renforcer l’encadrement de la liberté religieuse au Burkina Faso, un pays où l’islam est pratiqué par environ 60 % des citoyens.
Depuis son arrestation, le guide religieux est maintenu au secret, son lieu de détention n’ayant pas été révélé par les services de sécurité. Cette situation a engendré des mouvements de contestation parmi ses fidèles, entraînant l’arrestation de plusieurs de ses partisans qui réclamaient sa remise en liberté.
Un durcissement du cadre sécuritaire et politique
Sous la direction d’Ibrahim Traoré, au pouvoir depuis le coup d’État de septembre 2022, la junte a considérablement renforcé sa surveillance des voix dissidentes. Pour l’exécutif, cette fermeté est indispensable pour garantir la stabilité nationale et faire face à la pression constante des groupes armés terroristes qui déstabilisent la région depuis plus d’une décennie.
Une vague de suspensions sans précédent
Le cas de ces deux associations musulmanes n’est que la partie émergée d’une vaste opération de régulation. Entre les mois d’avril et de mai, les autorités ont déjà procédé à la suspension de 811 associations et à la dissolution de 118 autres entités. Les motifs officiels reposent généralement sur le non-respect des obligations administratives.
Cette multiplication des mesures restrictives suscite de vives interrogations chez les observateurs quant à la préservation des libertés publiques et des droits civiques dans ce contexte de crise sécuritaire aiguë au Sahel.